Un pari national sur l’avenir des jeunes
Le Congo-Brazzaville s’apprête à franchir un cap décisif dans l’insertion professionnelle de sa jeunesse. Avec l’ambition d’accompagner 45 000 jeunes d’ici 2026, le Projet de protection sociale et d’inclusion productive des jeunes (PSIPJ) s’impose comme un chantier majeur.
Réuni à Brazzaville le 26 décembre, le comité de pilotage a dressé un premier bilan encourageant de l’exercice 2025 et adopté un plan de travail 2026 fort de 58 activités pour un budget de 44,1 milliards de francs CFA.
Objectifs 2026 : formation et auto-entrepreneuriat
La matrice stratégique table sur l’accompagnement de 40 000 jeunes de 18 à 35 ans vers l’auto-entrepreneuriat, domaine considéré comme un levier décisif de diversification économique et de réduction du chômage urbain.
En parallèle, 5 000 autres bénéficiaires recevront une formation qualifiante dans des métiers porteurs, de la mécanique à la coiffure, avec l’appui d’agences de coaching et de centres agrées par le ministère de l’Économie, du Plan et de l’Intégration régionale.
Un registre social unique au cœur du dispositif
Pour cibler au mieux les ménages et suivre chaque parcours, l’achèvement du registre social unique constitue une priorité technique. Cet applicatif permettra de centraliser les données, de fluidifier les paiements et de prévenir les doublons dans la sélection.
Les équipes projettent un déploiement progressif dès le premier semestre 2025, avec l’appui de la Banque mondiale qui finance le projet et apporte une assistance technologique via son unité de solutions numériques.
Défis logistiques et mobilisation locale
Le comité a toutefois relevé plusieurs contretemps logistiques, notamment le retard de livraison des kits pédagogiques et le versement tardif des frais de transport et de restauration, éléments déterminants pour maintenir la motivation des apprenants.
Des concertations sont en cours avec les fournisseurs afin d’aligner les calendriers, tandis que les administrations départementales sont invitées à renforcer le suivi de proximité pour limiter les ruptures d’approvisionnement.
Un budget ambitieux et sécurisé
Avec plus de 44 milliards de francs CFA mobilisés pour 2026, le PSIPJ affiche une enveloppe supérieure à celle de nombreux programmes sociaux comparables dans la sous-région.
Sur les 43 marchés prévus, 15 concernent l’expertise de consultants pour le coaching et la formation, 11 l’acquisition de matériels, 3 les travaux de génie civil et 14 des services complémentaires, signe d’une programmation détaillée.
Le ministère des Finances assure que le plan de décaissement correspondra au calendrier des activités, afin d’éviter les retards souvent observés dans l’exécution budgétaire des projets internationaux.
Transferts monétaires : incidence sociale mesurée
En 2025, 10 581 ménages ont déjà reçu des transferts monétaires conditionnels pour plus d’un milliard de francs CFA, principalement dans la Likouala, Brazzaville et Pointe-Noire.
Selon le chef d’unité Lisungi, ces allocations, liées à la scolarisation et à la santé des enfants, ont réduit de 12 % le risque d’abandon scolaire dans les localités ciblées.
L’expérience nourrit ainsi la phase 2026, qui entend répliquer les bonnes pratiques et généraliser le paiement mobile pour davantage de traçabilité.
Voix de terrain : attentes et espoirs
Pour Irène, 24 ans, apprentie couturière à Makélékélé, l’allocation transport reçue en novembre a permis de terminer son stage sans interrompre les cours faute de ticket de bus.
« Cette aide m’a évité de décrocher », confie-t-elle, persuadée que le volet auto-entrepreneuriat l’aidera à ouvrir son petit atelier dès la fin de la formation.
De son côté, Junior, 30 ans, souhaite s’inscrire dans le parcours numérique et espère un accompagnement pour acquérir un ordinateur portable, indispensable à son projet de services de design graphique.
Gouvernance et partenariat international
Pour Sylvain Lekaka, directeur de cabinet du ministre de l’Économie, la réussite repose sur « la responsabilité et la solidarité » entre tous les acteurs : administrations, prestataires, partenaires techniques et bénéficiaires.
La Banque mondiale, engagée depuis le début du programme Lisungi, continuera d’apporter expertise et ressources, tandis que les services du Trésor veilleront à la bonne exécution financière, gage de crédibilité auprès d’autres bailleurs potentiels.
Perspectives régionales et emploi durable
Au-delà des frontières nationales, les résultats du PSIPJ intéressent déjà la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, où plusieurs pays recherchent des modèles de formation agile pour absorber l’afflux annuel de jeunes diplômés.
La dimension entrepreneuriale du dispositif congolais, fondée sur des micro-crédits revolving et le mentorat, pourrait inspirer de nouveaux projets transfrontaliers favorisant l’émergence de chaînes de valeur régionales.
Cap sur 2026 : indicateurs et transparence
Les tableaux de bord, publiés trimestriellement sur le portail du ministère, présenteront les taux de formation achevée, la proportion de créations d’activités génératrices de revenus et l’évolution des niveaux de vie des ménages appuyés.
Un audit externe annuel est également programmé afin de vérifier la conformité des procédures d’achat et l’atteinte des indicateurs, conditionnalité inscrite dans l’accord de financement avec la Banque mondiale.
La transparence renforcée doit consolider la confiance des jeunes mais aussi rassurer les opérateurs économiques, invités à absorber la future vague de micro-entrepreneurs par des contrats de sous-traitance ou des partenariats d’incubation.
Les observateurs espèrent ainsi qu’à l’horizon 2030, plus d’un bénéficiaire sur deux aura pérennisé son activité, contribuant durablement à la croissance inclusive.
