Paris : une soirée littéraire à l’ambassade du Congo
Samedi 17 janvier, la salle Verte de l’ambassade de la République du Congo à Paris a accueilli une rencontre très suivie autour du nouveau roman d’Henri Djombo, « Une semaine au Kinango ». L’écrivain y a présenté son livre avant une longue séance de dédicaces.
Sous la modération de Rudy Malonga, la discussion a réuni lecteurs, auteurs et invités venus pour entendre l’écrivain congolais et débattre d’un récit qui, par la fiction, questionne des dynamiques sociales contemporaines. La salle a affiché complet, signe d’un intérêt réel pour l’événement.
Rodolphe Adada salue le lien culturel de la diaspora
L’ambassadeur Rodolphe Adada a ouvert la rencontre en saluant une affluence qu’il a dite encourageante. À ses yeux, cette mobilisation illustre la vitalité du lien culturel entre les Congolais vivant en France, ainsi que la place du livre comme espace de dialogue et de transmission.
Dans le public, plusieurs figures du monde des lettres et des idées étaient présentes, parmi lesquelles le Pr André-Patient Bokiba, Eric Dibas-Franck, Driss Senda, Emmanuel Dongala, Sami Tchak, Patrice Yengo, Nicolas Martin-Granel, Jean-Aimé Dibakana et Marien Fauney Ngombé.
Une rencontre d’auteurs et de critiques autour du roman
La liste des invités s’est prolongée avec Gabriel Kinsa, Inès Féviliyé, Russel Morley Moussala et Criss Niangouna, qui a donné un extrait du livre. Simone Bernard-Dupré, chargée de la critique littéraire du roman lors de la rencontre, a proposé une lecture structurée de l’œuvre.
L’atmosphère, à la fois studieuse et chaleureuse, a rappelé ce que les présentations d’ouvrages permettent souvent : mettre en commun des sensibilités et des expériences, et relier des trajectoires dispersées. Le débat s’est construit au fil des interventions, en restant centré sur le texte.
« Une semaine au Kinango » : une temporalité courte, un regard large
Selon Simone Bernard-Dupré, « Une semaine au Kinango » repose sur une temporalité brève : une semaine. Ce choix, a-t-elle expliqué, invite à une lecture attentive de faits ordinaires, dont l’apparente simplicité révèle des fragilités sociales, des rapports de pouvoir et des responsabilités partagées.
Elle a insisté sur le positionnement de l’auteur : la fiction, chez Henri Djombo, se donne comme outil de réflexion et de questionnement. L’objectif n’est pas d’asséner une vérité, mais de conduire le lecteur à observer, relier et interpréter ce qui se joue derrière les scènes quotidiennes.
Henri Djombo : une écriture entre littérature et analyse sociale
Toujours selon la critique littéraire, Henri Djombo confirme sa capacité à conjuguer écriture romanesque et lecture sociale, en proposant une œuvre accessible mais dense. Elle a placé le roman dans un débat contemporain plus large sur l’évolution des sociétés africaines et leurs tensions internes.
Simone Bernard-Dupré a évoqué une résonance littéraire qui traverse l’ouvrage, rappelant une formule attribuée à Shakespeare : « Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles ». Dans son propos, la citation sert de point d’appui à une réflexion sur les consciences.
Un miroir des réalités africaines, sans renoncer à l’espoir
En faisant référence aux ouvrages précédents, Simone Bernard-Dupré a décrit une démarche constante : interroger les sociétés et les individus sur un mode subtil, à travers une écriture dense et ancrée dans des problématiques africaines. Le roman, a-t-elle déduit, fonctionne comme un miroir de réalités sociales.
Ce miroir, a-t-elle poursuivi, reflète des tensions et des conflits, mais aussi la persistance d’un espoir, « envers et contre tout ». L’équilibre entre lucidité et ouverture donne au livre une tonalité particulière : il observe les fragilités sans réduire l’avenir à l’impasse.
Les fourmis magnans : une scène d’ouverture saisissante
Le roman s’ouvre sur une invasion de fourmis magnans. L’animal n’est pas inventé : ces fourmis, décrites comme guerrières et prédatrices, existent dans la réalité, notamment dans des forêts luxuriantes du Congo et de l’Amazonie. Carnivores, elles dévorent ce qui se trouve sur leur passage.
Dans l’univers du Kinango, cette invasion prend une dimension dramatique. Les fourmis envahissent la maison d’arrêt, présentée comme le principal établissement pénitentiaire du pays, hérité de l’époque coloniale. Terrifiés, les détenus se ruent vers la sortie, et l’enceinte se vide de 30 000 captifs.
Initiés, forces venues d’ailleurs et alerte environnementale
Face à l’événement, le roman met en scène une consultation de forces venues des quatre coins d’Afrique et du monde. Des sociétés d’initiés se réunissent et affluent pour délibérer, avec des figures décrites comme médiums, marabouts, magiciens, chiromanciens, sorciers et faiseurs de miracles.
La conclusion formulée par ces initiés est présentée comme nette : il faut cesser de modifier l’environnement. Le texte relie le déséquilibre écologique à un risque existentiel, et souligne aussi un autre enseignement : le manque d’entente entre les forces opposées aux fourmis a facilité leur victoire.
Allégorie et reconstruction : impunité, économie, rêve panafricain
Simone Bernard-Dupré a proposé de lire « Une semaine au Kinango » comme une allégorie, un lieu de réflexion sur la condition humaine et la marche des pays africains. Le récit, a-t-elle noté, s’achève sur un optimisme combattif, plutôt que sur une fatalité figée.
Dans cette perspective, le Kinango se reconstruit sur des bases nouvelles évoquées lors de la rencontre : lutte contre l’impunité, souveraineté économique, et rêve panafricain d’une Afrique unie et prospère. « Le Kinango incarne les transformations dynamiques de l’Afrique et du monde », a-t-elle conclu.
Questions-réponses : le Kinango comme miroir des sociétés
Après ces prises de parole, Henri Djombo s’est prêté à l’exercice des questions-réponses. L’auteur a rappelé que le Kinango se veut d’abord un miroir des sociétés humaines, traversées par des tensions et des incompréhensions, mais aussi par la possibilité du dialogue et du changement.
La rencontre s’est terminée sur une note concrète et conviviale : une séance de dédicaces, où les échanges se sont poursuivis livre en main. Pour nombre de participants, l’événement a confirmé que la littérature reste un espace privilégié pour penser le monde sans renoncer au partage.
