Justice à Madingou : verdict exemplaire
La gendarmerie de la Bouenza a procédé, le 28 octobre 2025, à l’arrestation de Fulgence Claver Ntodélé-Moukoko, surpris avec un bébé chimpanzé destiné à la vente. Ce trafic a abouti, le 20 novembre, à une condamnation à deux ans de prison ferme et 200 000 CFA.
Le Tribunal de grande instance de Madingou a assorti la peine d’une amende de 200 000 francs CFA et d’un million de francs CFA de dommages et intérêts au profit de l’État, soulignant le caractère dissuasif de la décision selon l’accusation.
Les détails de l’opération à Nkayi
Le suspect avait été intercepté à bord d’une moto-taxi, à l’entrée nord de Nkayi, après un signalement anonyme. Les agents de la Direction départementale de l’économie forestière, secondés par le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, avaient minutieusement préparé l’intervention.
Au moment de l’arrestation, le bébé chimpanzé, âgé d’environ six mois, était dissimulé dans une cage de fortune recouverte d’un sac en toile. L’animal, déshydraté, portait les stigmates d’un transport prolongé sous un soleil implacable.
Selon le procès-verbal, Fulgence Claver Ntodélé-Moukoko revenait de Madingou, chef-lieu départemental, où il s’était procuré le primate auprès d’un chasseur non identifié opérant dans la forêt de Kindamba, dans le Pool. Il espérait conclure la transaction pour un montant supérieur à 500 000 CFA.
Le périple tragique du primate
À Kindamba, la capture du chimpanzé avait eu lieu lors d’une expédition de chasse accusée de défricher une parcelle agricole. La mère de l’animal aurait été abattue, pratique courante dans le commerce illégal des primates, d’après un agent du sanctuaire de Tchimpounga.
Privé du contact maternel, le petit a été soumis à un sevrage précoce, souvent mortel selon l’Institut Jane Goodall. Deux mois durant, il a été baladé de village en village, exposé à des maladies humaines potentiellement fatales pour une espèce déjà menacée.
Transféré aussitôt après la saisie au sanctuaire de Tchimpounga, dans le Kouilou, le singe reçoit aujourd’hui un régime réhydratant, des soins vétérinaires et une socialisation progressive avec d’autres orphelins. Les spécialistes envisagent, à terme, sa réintroduction dans un habitat sécurisé.
Le cadre légal congolais sur la faune protégée
Au Congo-Brazzaville, le chimpanzé fait partie des espèces intégralement protégées par le décret 6073 portant classement. Toute détention, transport ou commercialisation expose le contrevenant à une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement et dix millions de francs CFA d’amende.
Le parquet de Madingou a souligné que la sanction infligée, bien qu’inférieure au plafond légal, se veut un rappel ferme à l’ordre. « Le juge a tenu compte de l’aveu rapide et de l’absence d’antécédents, mais aussi de la nécessité de protéger notre patrimoine naturel », a déclaré le procureur.
Depuis 2009, le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, en partenariat avec les autorités, a facilité plus de 600 arrestations liées au braconnage. Le ministère de l’Économie forestière estime que ces actions ont contribué à freiner l’exode d’espèces emblématiques vers les marchés étrangers.
Vers une prise de conscience collective
Dans les rues de Nkayi, plusieurs habitants rencontrés saluent la fermeté du verdict. Pour Élodie Mabiala, étudiante, « les gens doivent comprendre que la faune n’est pas une marchandise comme les autres ». Sur les réseaux sociaux, le mot-clic #StopTraficChimpanzés a gagné en popularité.
Les autorités départementales envisagent de renforcer la surveillance routière durant la saison sèche, période propice aux déplacements de gibier vivant. Un officier de gendarmerie rappelle que la population peut signaler anonymement tout transport suspect d’animaux protégés via le numéro vert mis en place en 2022.
Le sanctuaire de Tchimpounga, déjà saturé, compte plus de 140 chimpanzés orphelins. Sa directrice, Reine Kitoko, craint que l’afflux ne dépasse bientôt les capacités d’accueil. « Chaque prise en charge coûte près de 10 000 CFA par jour, surtout quand l’animal est très jeune », explique-t-elle.
Pour les ONG environnementales, la condamnation de Madingou alimente un mouvement plus large de tolérance zéro. Elles plaident pour des campagnes d’éducation dans les écoles et pour des alternatives économiques afin de réduire la dépendance des communautés rurales à la chasse commerciale.
Le ministère de l’Environnement prépare, selon nos informations, un plan de lutte renforcé incluant des formations judiciaires et des drones de surveillance. Une source interne estime que le dispositif sera présenté avant la prochaine réunion du Conseil national de la protection de la nature.
Après le verdict, Fulgence Claver Ntodélé-Moukoko s’est abstenu d’interjeter appel. Son incarcération à la maison d’arrêt de Dolisie pourrait servir de mise en garde. Reste à voir si la crainte de sanctions dissuadera durablement ceux qui cherchent profit dans la vie sauvage.
À Brazzaville, les parlementaires envisagent de revoir à la hausse les indemnités versées aux lanceurs d’alerte, afin d’encourager la dénonciation des filières. Le projet, encore à l’état de discussion, pourrait être déposé lors de la prochaine session ordinaire.
