Un pari féminisé sur la filière scientifique
Dans les couloirs ensoleillés du lycée Sébastien-Mafouta, l’annonce a résonné comme une promesse: la professeure Francine Ntoumi lance une bourse d’études réservée aux lycéennes des séries scientifiques, un geste destiné à transformer des résultats scolaires en véritable levier d’avenir.
Dès sa première édition, l’initiative, circonscrite au huitième arrondissement Madibou, concerne trois établissements publics: Sébastien-Mafouta, Mantsimou et Amílcar-Cabral. Chaque trimestre, l’élève la plus performante reçoit 50 000 F CFA, de quoi soulager un foyer et nourrir une ambition scientifique durable et collective locale.
Pour Francine Ntoumi, immunologiste de renom, rendre visible le talent féminin n’est pas un slogan mais une stratégie nationale de développement. « Le genre féminin est une force et non un handicap », répète-t-elle, convaincue que l’équilibre des laboratoires commence sur les bancs d’école scolaires précoce.
La bourse incarne ainsi un double message: briser les plafonds de verre intellectuels et démontrer que les sciences ne sont pas l’apanage des garçons. En ciblant la première et la terminale, le dispositif intervient à un moment charnière d’orientation académique pour elles.
Un ancrage local réfléchi à Madibou
Si Madibou a été retenu, ce n’est pas par hasard. La Fondation congolaise pour la recherche médicale, pilotée par la professeure, y travaille depuis quinze ans. Ce lien organique garantit un suivi rigoureux et l’adhésion d’une communauté déjà sensibilisée aux sciences.
En concentrant l’aide sur un seul territoire, la FCRM espère bâtir un modèle reproductible: démontrer qu’un investissement ciblé change concrètement la trajectoire des élèves puis, preuves à l’appui, convaincre d’autres partenaires d’étendre l’expérience aux arrondissements voisins de la capitale demain.
Des critères de sélection transparents
Les chefs d’établissement jouent un rôle pivot dans le repérage des lauréates. Bulletins trimestriels à l’appui, ils classent les meilleures notes parmi les disciplines scientifiques. Ce choix localement assumé évite les dossiers volumineux, maintient la motivation et installe une saine compétition d’excellence durable.
Du côté de l’élève, les règles sont lisibles: pas de dossiers d’aide sociale, seulement des résultats. En procédant ainsi, la bourse valorise le mérite pur tout en reconnaissant implicitement les sacrifices familiaux souvent nécessaires pour maintenir un haut niveau scolaire et constant.
Premiers trophées et espoirs manifestes
À Sébastien-Mafouta, le nom de Marlo Mabanza circule déjà comme celui d’une pionnière. Récompensée dès le premier trimestre, elle confie vouloir « redoubler d’efforts » pour conserver le trophée et prouver que la persévérance féminine peut s’inscrire sur la durée au lycée.
Dans les ateliers de sciences appliquées à Mantsimou, les discussions gagnent les garçons eux-mêmes, curieux d’une compétition qui réhausse le niveau général. Les professeurs notent un regain d’attention, signe qu’un simple prix financier peut relancer la dynamique pédagogique à chaque cours.
Vers une expansion graduelle
Francine Ntoumi demeure prudente mais résolue: l’enjeu est de consolider avant d’élargir. « L’initiative se pérennisera avec le soutien des partenaires », souligne-t-elle, apostrophant entreprises locales et diaspora scientifique pour cofinancer de futures antennes dans la ville comme en zone périurbaine également.
La perspective d’une extension nationale cadre avec les objectifs du gouvernement en matière d’autonomisation de la jeunesse et de diversification économique. Une promotion soutenue des sciences peut, à terme, renforcer les filières stratégiques et réduire la dépendance aux importations de compétences spécialisées.
Enjeux et défis à relever
Le principal défi reste financier. Les 50 000 F CFA par trimestre semblent modestes mais multipliés par plusieurs arrondissements, le budget s’étoffe rapidement. La FCRM table sur un effet levier: chaque franc versé par la fondation doit attirer un franc partenaire au moins.
Autre enjeu, la durabilité pédagogique. Sans accompagnement extrascolaire, une récompense financière risque de devenir ponctuelle. Des séances de mentorat, visites de laboratoires ou stages d’été pourraient consolider l’élan. Les directions d’école y réfléchissent, conscientes qu’un réseau d’anciennes lauréates serait précieux à long terme.
La professeure Ntoumi se dit ouverte à ces compléments, tant qu’ils restent cohérents avec l’esprit initial: mettre la réussite scolaire au centre. Elle insiste néanmoins sur la simplicité administrative, craignant qu’une bureaucratie lourde ne décourage les familles les plus modestes à moyen terme.
Dans les couloirs de Madibou, certains professeurs évoquent déjà une émulation qui profiterait aux examens nationaux. Si les chiffres du baccalauréat s’améliorent, l’exemple pourrait être brandi pour montrer que la politique d’investissement local produit des résultats mesurables pour la République entière.
À plus long terme, l’espoir est de voir les premières lauréates revenir enseigner ou faire de la recherche au Congo-Brazzaville. Cet ancrage circulaire réduirait la fuite des cerveaux et inspirerait les jeunes filles d’une génération encore plus connectée aux sciences.
Pour l’heure, dans les salles de classe, un chèque trimestriel suffit à souligner l’idée essentielle: l’excellence féminine en sciences est possible, reconnue et encouragée. Le message, sobre mais puissant, pourrait bien prolonger son écho bien au-delà de Madibou dans tout le Congo.
Les prochains bulletins diront l’impact du mécanisme. D’ici là, la rumeur d’une bourse changeant le quotidien se propage de cour en cour.
