Entretien présidentiel à Brazzaville
Dans la fraîcheur matinale du 22 novembre, le palais du peuple de Brazzaville a accueilli un vis-à-vis particulièrement suivi : Denis Sassou Nguesso, chef de l’État congolais, recevait Huang Xia, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la région des Grands Lacs.
La rencontre, prévue de longue date, visait à dresser un point d’étape sur l’évolution sécuritaire d’un espace où se croisent tensions frontalières, enjeux humanitaires et ambitions économiques, rappelant l’interdépendance des pays riverains de l’est de la République démocratique du Congo et de ceux du corridor des Lacs.
Dès l’ouverture des échanges, Huang Xia a salué « la constance de la médiation congolaise », estimant que l’heure était venue de transformer les engagements politiques en actions tangibles, en particulier pour les populations déplacées qui attendent des réponses rapides aux crises cycliques.
Retour sur le sommet de Kinshasa
Les deux hommes ont d’abord parcouru les conclusions du sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, organisé le 15 novembre à Kinshasa, où les chefs d’État avaient convergé vers l’idée d’une riposte collective face à la persistance d’attaques armées transfrontalières.
À Kinshasa, Denis Sassou Nguesso avait redit la disponibilité du Congo-Brazzaville à servir de trait d’union entre capitales parfois éloignées, s’appuyant sur une diplomatie qualifiée de « discrète mais tenace » par un conseiller présent dans la salle, convaincu que la stabilité régionale dépend d’initiatives partagées.
Le sommet a également acté l’impérieuse nécessité de juguler les sources de financement des groupes armés, une question jugée prioritaire par Brazzaville qui plaide, depuis plusieurs années, pour un contrôle accru des circuits informels alimentant la contrebande de minerais stratégiques.
Processus de Doha et de Washington
Au centre de l’entretien, Huang Xia a détaillé les contours du processus de Doha, pensé comme un espace d’écoute entre belligérants, et de l’initiative dite de Washington, qui cherche à capitaliser sur les acquis du processus de Luanda mené sous l’égide de l’Angola.
Les deux cadres reposent sur le même postulat : aucune solution durable ne saurait aboutir sans la pleine adhésion des pays directement touchés, ni sans une reconnaissance des efforts déjà consentis par l’Union africaine et la Cirgl, souvent en première ligne des médiations de terrain.
Huang Xia, se référant au rapport trimestriel qu’il présentera prochainement au Conseil de sécurité, a souligné que l’articulation des trois processus éviterait la dispersion des énergies diplomatiques, réduirait les coûts logistiques et offrirait un calendrier plus lisible aux partenaires financiers.
Vers une synergie africaine renforcée
Brazzaville et l’Organisation des Nations unies s’accordent sur la place centrale que doit occuper l’Union africaine dans le suivi opérationnel, estimant qu’une réponse pensée au niveau continental pourra mieux intégrer les dimensions humanitaires, sécuritaires et de développement susceptibles de consolider les avancées obtenues.
« Il est temps de renforcer la synergie entre les initiatives africaines et internationales, afin d’aboutir à des résultats concrets », a martelé le diplomate onusien, rappelant que les attentes des populations, notamment en matière de retour des déplacés et de relance économique locale, restent élevées.
La partie congolaise juge pour sa part qu’une meilleure coordination pourrait attirer de nouveaux bailleurs, séduits par une architecture de paix lisible et dotée d’indicateurs de performance vérifiables, à même de rassurer des opinions publiques souvent sceptiques face aux promesses de dialogues successifs.
En marge de la rencontre, une source onusienne a indiqué que des ateliers sectoriels, consacrés à la démobilisation des ex-combattants et à la sécurisation des couloirs humanitaires, devraient se tenir à Brazzaville au premier trimestre, signe d’une implication opérationnelle croissante.
L’engagement du Congo-Brazzaville
Depuis plusieurs années, le Congo-Brazzaville affiche une diplomatie de proximité qu’illustrent ses facilités de médiation et l’accueil régulier de réunions informelles, une posture rendue possible par la stabilité intérieure et par la volonté affichée du président Denis Sassou Nguesso de privilégier les solutions africaines.
Un conseiller de la présidence résume la ligne directrice : « Notre pays ne cherche pas la lumière mais l’efficacité ». Cette discrétion s’est notamment traduite par l’appui logistique offert à la Cirgl et par la mise à disposition d’experts juridiques pour l’harmonisation des textes.
Cap sur les prochaines étapes
Avant de se séparer, les deux responsables ont convenu de maintenir un canal de concertation permanent, assorti de réunions techniques trimestrielles, afin de suivre l’évolution de la situation à l’est de la RDC et d’ajuster, le cas échéant, les mécanismes de coopération déjà en place.
Si l’agenda reste chargé, l’entretien de Brazzaville fait figure de signal : la résolution des crises des Grands Lacs passe par des alliances agiles et par une appropriation régionale assumée, perspective dans laquelle le Congo-Brazzaville entend jouer plus que jamais un rôle pivot.
Les observateurs retiennent toutefois que la région demeure volatile, et que la réussite d’un tel agenda dépendra autant de la volonté politique que de l’afflux de ressources, deux paramètres que l’entretien brazzavillois cherche précisément à sécuriser.
