Une installation marquée par la pandémie
Le 21 novembre 2021, en pleine pandémie, le stade Félix-Éboué de Brazzaville accueillait une messe historique: l’installation de Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou au siège archiépiscopal. Cinq ans plus tard, l’Église locale relit ce jalon et mesure les avancées nées de ce moment.
Le contexte sanitaire avait alors imposé une jauge strictement limitée à mille participants, contraignant les fidèles à un dispositif de distanciation inhabituel. Dans les travées clairsemées, masques et gel hydro-alcoolique rappelaient l’urgence covidienne, tandis que les chœurs tentaient de préserver la solennité du rite.
Autorités civiles et diplomatiques avaient fait le déplacement. Le président Denis Sassou Nguesso, accompagné de la Première dame, rejoignait les deux cardinaux présents, leurs Éminences Dieudonné Nzapalainga et Fridolin Ambongo Besungu, ainsi que de nombreux évêques de la CEMAC, soulignant la dimension régionale de l’événement.
Le passage de témoin et les premières réformes
Le passage de relais entre Mgr Anatole Milandou et son successeur s’inscrivait dans une lignée claire. « Il n’y a pas de doublon », déclarait l’archevêque émérite, insistant sur la nécessité d’une gouvernance unifiée. La phrase, restée célèbre, balisait les contours d’un nouveau magistère appelé à conjuguer continuité, écoute et réformes prudentes.
Cinquante-quatre mois plus tard, les observateurs notent que l’appel a été entendu. En lançant l’Assemblée spéciale des ouvriers apostoliques, l’archevêque a consulté prêtres, laïcs et religieux pour produire un directoire diocésain désormais perçu comme une feuille de route concertée et actualisée chaque année.
Ce texte organise les paroisses, fixe les procédures administratives, détaille la gestion des œuvres sociales et encadre les quêtes spéciales nsinsani. En filigrane, une ambition: renforcer l’autonomie financière pour mieux soutenir les projets éducatifs et sanitaires portés par l’Église locale dans les quartiers périphériques.
Concertation et finances: vers une Église autonome
Dans un Congo-Brazzaville attaché à ses traditions religieuses, cette modernisation administrative est saluée par les autorités qui y voient un partenaire social fiable. Le ministère de l’intérieur observe d’ailleurs que la bonne tenue des comptes paroissiaux facilite l’accompagnement logistique des grands rassemblements liturgiques désormais souvent présentés.
Talangaï, théâtre du quinquennat
Vendredi 21 novembre 2025, l’archevêque a choisi la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Talangaï pour célébrer son quinquennat. Un lieu symbolique: fondée en 1971, l’église a accompagné la croissance d’un arrondissement populaire, devenu aujourd’hui carrefour culturel du nord de la capitale et laboratoire d’engagement associatif chrétien vivace.
La liturgie y a pris des allures de fête communautaire. Bénédiction d’un autel rénové, inauguration d’une grotte mariale baptisée Notre-Dame de la Paix, lancement des festivités du 55e anniversaire paroissial : chaque geste a rappelé le fil rouge de la paix sociale qui anime le ministère épiscopal.
Dialogue État-Église, convergences sociales
Devant les fidèles, Mgr Manamika Bafouakouahou a rappelé que « l’évangélisation passe aussi par la promotion humaine ». Dans l’assistance, plusieurs ministres ont approuvé ce plaidoyer pour un développement inclusif, convergent avec le Plan national de développement porté par l’exécutif depuis 2022 dans les secteurs sociaux prioritaires nationaux.
Les relations entre l’État et l’Église catholique reposent au Congo-Brazzaville sur un concordat de 1984, rarement remis en question. En privilégiant le dialogue au plan social, l’archevêque s’inscrit dans cette tradition de complémentarité institutionnelle revendiquée des deux côtés depuis plus de trois décennies.
Éducation, santé, numérique: la pastorale concrète
Sur le terrain, les établissements scolaires diocésains accueillent près de quarante mille élèves, tandis que les dispensaires paroissiaux complètent l’offre de santé publique. Les cinq dernières années ont vu s’ouvrir deux centres de formation agricole et une maison d’accueil pour jeunes filles vulnérables dans la périphérie.
L’archevêque mise également sur la communication numérique. Une web-radio diocésaine diffuse depuis 2023 des programmes en kituba et en lingala, touchant la diaspora. Selon les statistiques internes, plus de 120 000 connexions mensuelles créent un lien inédit avec les Congolais de l’étranger et les étudiants.
Synodalité et jeunesse en ligne de mire
Côté gouvernance, le conseil presbytéral a été élargi à des représentants de mouvements de jeunes et de groupes féminins. « La synodalité ne doit pas rester un slogan », insiste un vicaire général, convaincu que l’écoute horizontale conditionne la vitalité missionnaire réclamée par le pape.
Cette dynamique rejoint les chantiers nationaux de cohésion. En soutenant l’insertion de la jeunesse, l’archidiocèse contribue à l’objectif gouvernemental de renforcement du capital humain, prioritaire dans les discours budgétaires. Les partenariats écoles-entreprises signés depuis 2024 illustrent cette synergie public-privé-ecclésial louée par plusieurs acteurs économiques locaux.
Un bilan d’étape ouvert sur l’avenir
À cinq ans d’épiscopat, l’heure est donc au bilan d’étape. Les défis demeurent nombreux : urbanisation rapide, pauvreté persistante, besoins de formation. Mais la démarche participative engagée depuis 2021 nourrit un optimisme mesuré chez les observateurs de la société civile et chez plusieurs chercheurs universitaires.
Le prochain synode diocésain, annoncé pour 2026, devra traduire cet élan en priorités concrètes. Les fidèles espèrent voir aboutir la rénovation de la cathédrale, tandis que les partenaires institutionnels saluent un leadership religieux capable d’accompagner, sans heurt, les mutations du pays et de fortifier l’espérance collective chrétienne.
