Une opération très attendue
Dans le 6e arrondissement de Brazzaville, l’atmosphère était studieuse ce 27 novembre, au lancement officiel du paiement des indemnités liées à l’expropriation du site de Yoro. Responsables administratifs, experts fonciers et premiers bénéficiaires se sont retrouvés à l’agence centrale de la Banque postale du Congo.
Annoncée par le ministre d’État Pierre Mabiala, également en charge des Affaires foncières et du domaine public, cette étape concrétise la déclaration d’utilité publique publiée le 19 juin 2023 pour une emprise de quinze hectares au cœur de Talangaï.
Le site, pressenti pour accueillir divers projets d’aménagement urbain, nécessitait une clarification foncière avant le démarrage des travaux. Les autorités rappellent que l’opération vise autant à sécuriser l’investissement public qu’à garantir une compensation transparente aux habitants concernés.
Une procédure encadrée par la loi
En application de la loi n°11 relative à l’expropriation pour cause d’utilité publique, la Commission d’enquête parcellaire a recensé 420 dossiers. D’après son rapport final, 419 propriétaires ont choisi une indemnisation financière, tandis qu’un seul demandeur a opté pour un lot de substitution.
La même loi fixe une validité de trois ans pour l’arrêté d’utilité publique, offrant aux services techniques un calendrier serré mais suffisamment lisible. Elle impose aussi une évaluation sur la base de la grille tarifaire de la loi de finances, afin de prévenir toute surenchère.
L’équipe d’experts dépêchée sur le terrain a identifié chaque parcelle, mesurant la surface et décrivant les constructions. Les résultats, approuvés par le ministère, ont été affichés à la mairie de Talangaï pour recueillir d’éventuelles contestations, une pratique désormais courante dans les opérations foncières publiques.
Un mécanisme de paiement gradué
Pour éviter files d’attente et transactions en liquide, le gouvernement a retenu la Banque postale du Congo. L’établissement recevra quotidiennement vingt à vingt-cinq bénéficiaires, selon une liste préalablement publiée. Cette organisation vise également à garantir la traçabilité bancaire, condition clé pour la Cour des comptes.
Chaque personne appelée doit se présenter avec une pièce d’identité à jour et tout document prouvant sa propriété: titre foncier, permis d’occuper ou attestation reconnue. Les guichets disposeront d’un double contrôle, administratif et bancaire, afin de limiter les risques d’erreur ou d’homonymie.
Selon Taliane Bouka Biona, directeur régional de la Banque postale du Congo, les équipes «travailleront de manière conjuguée pour assurer un paiement sans accroc». Il précise que chaque virement sera immédiatement notifié par SMS, un service considéré comme rassurant par les populations souvent peu bancarisées.
Regards croisés des bénéficiaires
Aux guichets, certains expropriés affichent un soulagement prudent. À soixante ans, Marie-Louise Mampouya explique qu’elle pourra «acquérir un terrain en périphérie et reconstruire une maison plus sûre». D’autres, plus jeunes, envisagent d’investir dans le petit commerce, signe d’un espoir de reconversion économique locale.
Les représentants du quartier, eux, insistent sur la nécessité d’un accompagnement social. Ils sollicitent des séminaires d’information sur la gestion des indemnités, redoutant un usage précipité des fonds. Le ministère affirme étudier la possibilité d’ateliers financiers en partenariat avec les mutuelles de base.
Interrogé devant la presse, Pierre Mabiala rappelle que l’État reste disponible pour tout recours gracieux pendant le mois suivant la perception. «Notre objectif est une sortie apaisée, conforme à la justice et au droit», souligne-t-il, invitant les habitants à saisir les services compétents.
Quelles suites pour le quartier Yoro?
Au-delà de l’indemnisation, la question de l’avenir du site mobilise les curiosités. Le ministère des Grands travaux évoque un schéma d’urbanisation intégrant logements accessibles, voiries modernisées et équipements publics. Aucun calendrier détaillé n’a cependant été rendu public, les études techniques étant toujours en cours.
Pour les urbanistes, l’opération constitue une occasion de désengorger Talangaï, l’un des arrondissements les plus densément peuplés de Brazzaville. La création de voies nouvelles pourrait fluidifier la circulation vers le nord de la ville et relier les zones industrielles émergentes situées au-delà du fleuve Djoué.
Les ONG locales appellent, pour leur part, à intégrer des espaces verts et des aires de jeux afin de préserver la qualité de vie. Elles rappellent que la périphérie nord de la capitale manque encore d’aires récréatives, facteur contribuant aux phénomènes de délinquance juvénile.
Sur le plan macro-économique, certains analystes estiment que l’opération pourrait stimuler l’emploi dans le BTP. Entre sondages géotechniques, terrassements et construction d’infrastructures, plusieurs centaines d’ouvriers seraient mobilisés. Cette perspective rejoint les objectifs gouvernementaux de diversification économique et de réduction du chômage urbain.
Pour l’heure, la priorité reste l’achèvement du versement des indemnités, étape essentielle pour tourner la page des procédures et préparer sereinement les transformations urbaines. Les semaines à venir diront si l’organisation retenue à Yoro pourra servir de modèle aux futures opérations foncières congolaises.
Les autorités locales prévoient, après l’indemnisation, une cérémonie de restitution pour présenter publiquement le projet d’aménagement. Cette transparence annoncée devrait renforcer la confiance des communautés, souvent échaudées par les retards historiques des chantiers urbains dans la capitale congolaise.
