Un chantier emblématique pour Brazzaville
Sous le ciel matinal de Brazzaville, la rue Amilcar Cabral s’apprête à changer de visage. Sur ce segment central du plateau, la Banque congolaise de l’habitat lance la construction d’un immeuble de sept niveaux destiné à devenir son siège flambant neuf.
Le président Denis Sassou N’Guesso a posé la première pierre le 19 décembre 2025, scellant un projet évalué à près de 12 milliards de FCFA. L’exécutif souligne que l’ouvrage sera livré dans un délai de vingt-quatre mois, calendrier jugé ambitieux mais réaliste par les ingénieurs.
Modernisation accélérée de la BCH
Pour le gouvernement, ce chantier illustre la relance de la BCH, établissement né en 2007 dans le sillage d’un partenariat avec la Tunisie. Sa mission demeure inchangée : faciliter l’accès des Congolais à un logement décent et stimuler l’industrie de la construction nationale.
Entre 2007 et 2020, la banque a pourtant traversé des turbulences. Le déficit de ressources longues, combiné à un écosystème immobilier jugé peu favorable, bridait sa capacité à octroyer des prêts massifs. Nombre de projets restaient à l’état de plans sur papier.
Face à l’urgence, un plan de restructuration a été arrêté en octobre 2020. Il prévoyait l’augmentation du capital social jusqu’à 30 milliards de FCFA et l’affectation des ressources du Fonds national de l’habitat, permettant à la BCH de recapitaliser ses engagements.
Des indicateurs financiers en progression
Quatre ans plus tard, les premiers résultats attestent d’une montée en puissance. À fin août 2025, la banque représentait 5,35 % des dépôts bancaires du pays, 4,32 % des crédits à l’économie et 4,70 % des créances de l’État, selon les chiffres officiels.
Le ministre des Hydrocarbures, Bruno Jean-Richard Itoua, intervenant au nom de son collègue des Finances, voit dans ces indicateurs le signe d’un secteur bancaire stabilisé. « La BCH retrouve sa crédibilité et accompagne désormais la stratégie d’inclusion financière voulue par le chef de l’État », estime-t-il.
Architecture et services de nouvelle génération
L’édifice en construction mêlera façades vitrées et structures anti-sismiques conformes aux normes régionales. Les bureaux modulaires, les guichets modernes et une salle de marchés répondant aux standards de la Zone CEMAC doivent hisser la banque à un niveau d’exigence jamais atteint localement.
Au-delà du symbole architectural, la proximité géographique avec les institutions financières nationales installées dans le même quartier favorisera, selon la direction, des synergies opérationnelles et un échange fluide de données avec la Banque centrale. La mise en réseau numérique figure aussi parmi les priorités.
Un réseau bancaire au plus près des citoyens
Depuis 2021, la BCH étend son maillage territorial. Aux agences de Brazzaville et Pointe-Noire se sont ajoutées celles de Dolisie et Ouesso. Ce quadrillage offre aux ménages éloignés des capitales l’accès à des produits d’épargne et de crédit adaptés aux revenus informels fréquents.
Le directeur général, Oscar Ephraïm Ngole, juge que la demande solvable reste forte. « Le défi n’est pas l’appétit des familles, mais la structuration d’offres financières longues au taux compétitif », rappelle-t-il. L’adossement progressif à une foncière publique pourrait sécuriser les garanties hypothécaires requises.
Sur le chantier, une main-d’œuvre locale de plus de trois cents personnes est mobilisée. Les entreprises congolaises de BTP obtiennent ainsi des contrats significatifs, contribuant à la montée en compétences dans la filière et à la circulation intérieure de la valeur ajoutée.
Les autorités espèrent que le nouvel immeuble déclenchera un effet boule de neige dans le centre-ville, incitant les promoteurs privés à rénover ou ériger d’autres bâtiments conformes aux objectifs de la stratégie nationale d’urbanisme. Brazzaville gagnerait ainsi en attractivité et en cohérence urbaine.
Impacts économiques et perspectives
Sur le plan macroéconomique, la relance de la BCH s’ajoute aux mesures visant à diversifier l’économie de la République du Congo, encore dépendante des hydrocarbures. En soutenant le logement, le gouvernement veut créer des emplois non extractifs et renforcer la demande intérieure durablement.
Les observateurs saluent la transparence financière instaurée depuis 2022 : états certifiés, reporting trimestriel et conformité aux ratios prudentiels de la Commission bancaire d’Afrique centrale. Ce sérieux, estiment plusieurs analystes, augmente la confiance des épargnants et ouvre la porte à de futures levées obligataires.
À terme, la direction envisage de digitaliser l’ensemble du parcours client, des simulations de prêts jusqu’aux signatures électroniques. L’intégration de la blockchain pour la traçabilité foncière est même évoquée. Autant de pistes qui, si elles se concrétisent, renforceront la modernité voulue par les autorités.
D’ici à la livraison annoncée, le suivi sera assuré par un comité mixte ministère des Finances-BCH. Des visites périodiques sur site sont programmées afin de respecter coûts, délais et standards. L’avenue Amilcar Cabral s’érige ainsi en baromètre de la transformation bancaire congolaise.
Pour les clients actuels comme futurs, l’émergence de ce siège augure d’une expérience bancaire plus fluide. L’édifice cristallisera, selon le président du conseil d’administration, « l’alliance entre solidité financière et esthétique urbaine ». Un symbole qui, au-delà des chiffres, engage la confiance collective.
