Un rendez-vous décisif à Kigali
Les 19 et 20 novembre, Kigali a accueilli la 46e Conférence ministérielle de la Francophonie, rassemblant les chefs de diplomatie des États membres autour d’un thème fédérateur : la contribution des femmes, trente ans après l’historique Sommet de Beijing.
Dans l’amphithéâtre du centre de conférences, l’engagement politique pour une égalité de genre effective a dominé les échanges. Les délégations ont souligné que la Francophonie ne pouvait rester un simple espace linguistique sans porter haut les droits et la représentativité des citoyennes.
Parité : engagements et chantiers concrets
Les ministres ont convenu qu’aucune société ne pouvait prétendre à la prospérité durable sans parité. Ils ont donc insisté sur l’accélération des lois anti-discrimination, la budgétisation sensible au genre et la collecte de données permettant de mesurer les inégalités avec précision.
Plusieurs pays, dont le Rwanda, la Tunisie et le Canada, ont présenté les résultats de programmes favorisant l’accès des filles à la scolarisation secondaire et aux filières scientifiques. Les chiffres partagés ont montré une corrélation entre taux d’inscription et autonomie économique des ménages.
Les participants ont également évoqué les défis spécifiques induits par les nouvelles technologies. La représentation des femmes dans l’intelligence artificielle, l’analyse de données ou la cybersécurité demeure marginale. Pour y remédier, les gouvernements envisagent des quotas incitatifs et un soutien accru aux incubateurs féminins.
Le regard congolais porté par Jean-Claude Gakosso
Le Congo-Brazzaville a été représenté par le ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie et des Congolais de l’étranger, Jean-Claude Gakosso. Dans son intervention, il a rappelé que la Constitution congolaise grave en lettres d’or le principe d’égalité entre les sexes.
Le chef de la diplomatie congolaise a salué l’esprit d’ouverture prévalant au sein de l’espace francophone, malgré la fragilité du multilatéralisme mondial. Selon lui, la fidélité du Congo à ses engagements renforce la confiance indispensable à toute coopération durable et équilibrée.
Évoquant les progrès nationaux, Jean-Claude Gakosso a mentionné l’augmentation du nombre de femmes parlementaires et la montée en puissance d’entrepreneures congolaises soutenues par des lignes de crédit dédiées. Il a estimé que ces avancées contribuent à la stabilité institutionnelle et à la cohésion sociale.
Francine Ntoumi, symbole d’excellence scientifique
Parmi les figures célébrées figure la professeure Francine Ntoumi, immunologiste congolaise reconnue pour son apport à la lutte contre les maladies infectieuses. Son parcours illustre la capacité de l’espace francophone à faire émerger des talents féminins de rang international.
Sa citation à Kigali a rappelé la nécessité d’investir dans la recherche biomédicale en Afrique centrale. Le ministre congolais a estimé que le pays devait s’appuyer sur des modèles comme elle pour inspirer les jeunes filles et diversifier l’économie fondée sur le savoir.
Feuille de route vers le Sommet 2026
La Conférence a adopté plusieurs décisions statutaires, dont l’ouverture du dépôt des candidatures au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie pour le mandat 2027-2030. Les États ont jusqu’au 15 mai 2026 pour présenter leurs prétendants.
Les délégués ont également validé la tenue du prochain Sommet les 15 et 16 novembre 2026 au Cambodge, avec pour fil conducteur « Paix et développement durable ». Kigali a chargé la CMF de préparer un plan d’action concret adossé à cet horizon.
Sur le plan budgétaire, l’allocation du Fonds multilatéral unique a été reconduite, priorisant l’éducation des filles, la diversité culturelle et les opérations de maintien de la paix. Les ministres ont estimé que ces axes forment la colonne vertébrale d’une Francophonie solidaire.
Le Congo, vigie du multilatéralisme francophone
Face aux crispations géopolitiques actuelles, la République du Congo se veut vigie du multilatéralisme. Jean-Claude Gakosso a rappelé que l’échange égalitaire des idées au sein de la CMF constitue un antidote aux tensions, tout en offrant des débouchés économiques respectueux de la souveraineté.
À Kigali, la délégation congolaise a donc consolidé des partenariats, tout en soutenant les réformes destinées à amplifier la voix des femmes. Cette approche équilibrée, conforme aux orientations du président Denis Sassou Nguesso, continue de valoir au pays respect et écoute au sein du concert francophone.
Perspectives pour la jeunesse francophone
Au-delà des institutions, les ministres ont insisté sur le rôle moteur de la jeunesse. Ils ont appelé les universités et centres de formation à développer des cursus bilingues intégrant les enjeux de genre, afin de préparer une nouvelle génération consciente de ses responsabilités citoyennes.
Le Congo-Brazzaville, qui compte une population majoritairement jeune, a soutenu la création d’un réseau d’ambassadeurs juniors de la Francophonie. Ces étudiants volontaires auront pour mission de promouvoir la langue française, le numérique et l’entreprenariat féminin dans les milieux scolaires et universitaires.
Un programme de mobilité académique a également été évoqué pour faciliter les stages croisés entre start-up de l’espace francophone. Les experts estiment que cette circulation des compétences contribuera à faire émerger des solutions inclusives, adaptées aux réalités sociales et économiques de chaque pays.
