Lusaka accueille un tournant financier africain
La capitale zambienne Lusaka a réuni, du 16 au 18 décembre 2025, les ministres africains des Finances décidés à inscrire le climat et la nature au centre des stratégies macroéconomiques. Dans ce cadre, la République du Congo a marqué les esprits.
Au terme des échanges, Brazzaville a été portée à la co-présidence du tout nouveau Forum panafricain des Ministres des Finances pour l’Action Climatique, aux côtés de la Zambie, hôte de la rencontre, confirmant son rang d’acteur majeur de la finance verte en Afrique.
Cette désignation met en lumière le bassin du Congo, second poumon écologique mondial, dont les services écosystémiques façonnent déjà les négociations internationales sur le carbone et la biodiversité.
PAFCA, nouvelle plateforme continentale
Le Forum lancé à Lusaka, baptisé PAFCA, donne une voix collective aux ministères africains des Finances afin qu’ils anticipent les chocs climatiques, alignent les budgets nationaux sur des trajectoires bas carbone et négocient, ensemble, des conditions de financement plus favorables.
L’initiative ambitionne d’intégrer de façon systématique les risques climatiques et naturels dans la planification macroéconomique, de diversifier l’accès aux marchés de capitaux grâce à des instruments innovants, et de consolider la soutenabilité de la dette publique pour libérer des marges d’investissement.
En offrant ce cadre, le PAFCA entend accélérer les stratégies d’industrialisation verte, favoriser la création d’emplois durables et monétiser le capital naturel africain, notamment via des marchés carbone mieux régulés et davantage connectés aux besoins domestiques.
Les participants de Lusaka ont insisté sur la nécessité d’unir les communautés de pratique, des banquiers centraux aux planificateurs nationaux, afin que la dimension climatique ne reste pas cantonnée aux ministères de l’Environnement mais irrigue l’ensemble des décisions budgétaires.
La co-présidence Congo-Zambie détaillée
Le dispositif de gouvernance repose sur un modèle inclusif : Congo et Zambie partagent les prérogatives stratégiques du Forum, tandis que la Sierra Leone assure le secrétariat opérationnel et que l’Ouganda offre un conseil permanent sur les orientations macroéconomiques.
Pour Brazzaville, cette co-présidence résonne comme une reconnaissance internationale de son action de préservation des forêts du Bassin du Congo et de ses réformes fiscales destinées à canaliser les recettes pétrolières vers des programmes d’adaptation et de diversification économique.
« Le Forum est un instrument de souveraineté financière et de diplomatie économique », a rappelé le ministre des Finances Christian Yoka, intervenu par visioconférence. Selon lui, placer la résilience au cœur du budget national renforcera une prospérité pérenne pour les générations congolaises.
Expertise technique et partenariats stratégiques
Sur le plan technique, le Forum s’appuie sur un réseau africain d’expertise. L’AFCEN fournit des analyses sectorielles, organise des ateliers Sud-Sud et facilite le dialogue avec les bailleurs, sans détenir aucun pouvoir décisionnel, conformément au mandat dévolu par les co-chairs.
L’Economic Policy Research Centre, reconnu pour ses travaux macroéconomiques, jouera un rôle d’appui analytique. Ses projections budgétaires intégrant les variables climatiques devraient aider les ministères à calibrer des politiques fiscales incitatives, fondées sur des données valides et partagées.
La délégation congolaise, conduite sur place par Serge Marie Aimé Ndeko et épaulée par l’expert Laurent-Mascar Ngoma, a multiplié les réunions bilatérales pour sécuriser des partenariats, notamment avec des banques de développement intéressées par la titrisation des crédits carbone du bassin forestier.
Une feuille de route centrée sur la résilience
Brazzaville a défendu la création d’une architecture africaine de financement climatique capable de réduire les primes de risque et de privilégier des prêts concessionnels alignés sur les Objectifs de développement durable, tout en renforçant la marge budgétaire des États.
Les ministres ont également évoqué l’idée d’un fonds continental de garantie permettant de mobiliser l’épargne domestique, de mutualiser les risques liés aux catastrophes naturelles et d’impulser une vague d’investissements dans les infrastructures d’énergie propre et les chaînes de valeur agricoles.
La question de la dette a occupé une place centrale. Le PAFCA soutient le recours à des échanges dette-nature et à des obligations vertes pour abaisser les coûts de financement, tout en monétisant les crédits carbone issus des forêts congolaises et zambiennes.
Prochaines étapes sous leadership partagé
À l’issue des travaux, les co-présidents ont annoncé un calendrier serré : adoption d’un plan d’action avant la mi-2026, élaboration d’indicateurs communs et lancement d’une plateforme numérique permettant de suivre l’alignement des budgets nationaux sur les objectifs climatiques.
Une réunion ministérielle intermédiaire se tiendra à Brazzaville pour valider la méthodologie de mesure de la résilience économique et mobiliser davantage le secteur privé, convié à présenter des solutions d’assurance paramétrique et de financement blended.
Parallèlement, un groupe de travail piloté par la Banque de développement des États d’Afrique centrale préparera des propositions de mécanismes de change destinés à atténuer la volatilité des recettes d’exportation, souvent exacerbée par les aléas climatiques.
En consolidant le binôme Congo-Zambie, l’Afrique souffle un vent nouveau sur la diplomatie financière. Le continent se dote d’outils concrets afin que la transition climatique ne soit plus un coût, mais un catalyseur de croissance inclusive et de souveraineté économique.
