À Brazzaville, une feuille de route pour l’Anssi
Le 15 janvier à Brazzaville, le ministre des Postes, des télécommunications et de l’économie numérique, Léon Juste Ibombo, a effectué une visite dans les locaux de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi).
Devant le directeur général, Oboulhas Tsahat Conrad Onésime, le ministre a livré des orientations visant à permettre à l’agence de mieux assurer ses fonctions de régulateur, dans un contexte où les usages numériques se généralisent dans l’administration et les entreprises.
La démarche s’inscrit dans l’application des textes qui encadrent la sécurité des systèmes d’information en République du Congo (Congo-Brazzaville), en privilégiant une articulation claire entre exigences de contrôle, accompagnement des acteurs et montée en compétences nationales.
Pouvoir d’audit: rappeler l’autorité de contrôle
Le ministre a insisté sur un message central: chaque domaine d’activité doit être informé des prérogatives de l’Anssi. Il a rappelé que l’agence a « le droit et l’autorité d’auditer, de demander des informations et d’approuver » les systèmes d’information et terminaux utilisés.
Au-delà de la formule, l’orientation vise à instaurer une culture de conformité. L’objectif n’est pas de freiner l’innovation, mais de faire comprendre que la sécurité numérique relève aussi d’obligations, au même titre que d’autres normes appliquées aux organisations.
Selon Léon Juste Ibombo, cette clarification doit toucher aussi bien les administrations que les entreprises. Elle doit permettre de réduire les zones d’ombre, d’harmoniser les pratiques et d’installer des procédures lisibles entre les opérateurs et le régulateur.
Textes et lois: un effort de sensibilisation sectorielle
Pour rendre ces prérogatives effectives, le ministre a souligné la nécessité de sensibiliser chaque secteur sur les textes et lois qui confèrent à l’Anssi le pouvoir de contrôle des systèmes d’information dans le pays.
L’enjeu, dans cette approche, est d’éviter que la régulation ne soit perçue comme abstraite ou réservée aux spécialistes. En faisant circuler l’information sur le cadre juridique, les autorités entendent favoriser une appropriation collective des règles de sécurité.
Dans les échanges tenus lors de la visite, l’accent a été mis sur la diffusion de ces repères auprès des responsables techniques, mais aussi des décideurs. Car les arbitrages budgétaires et organisationnels conditionnent souvent la mise en œuvre des exigences de sécurité.
Former les jeunes, repérer les talents du numérique
Autre axe présenté comme structurant: la formation. Léon Juste Ibombo a appelé à former les jeunes afin de développer les compétences et d’identifier des talents prometteurs susceptibles de contribuer à la mise en œuvre de la politique numérique du pays.
L’orientation traduit une vision de long terme: sécuriser le cyberespace national suppose des ressources humaines capables d’intervenir, de diagnostiquer, d’anticiper et de répondre aux incidents, dans un environnement technologique en évolution rapide.
Dans un pays où les besoins en expertises numériques s’étendent, la logique défendue est celle d’un vivier. Repérage, accompagnement et professionnalisation sont évoqués comme des leviers pour consolider l’action publique et soutenir la confiance dans les services numériques.
Recrutement: viser l’expertise de haut niveau
Pour atteindre ces objectifs, le ministre a mis l’accent sur le recrutement des meilleurs profils, qu’ils soient formés localement ou à l’étranger. L’idée est de garantir un bon fonctionnement de l’agence et une expertise de haut niveau en son sein.
Cette orientation se veut pragmatique: l’efficacité d’une agence transversale dépend de la qualité des compétences mobilisées, mais aussi de leur capacité à travailler avec des acteurs multiples, publics et privés, aux contraintes parfois différentes.
Le message gouvernemental associe ainsi montée en compétence nationale et ouverture aux parcours divers. Le critère central demeure la capacité à renforcer les missions de l’Anssi, en cohérence avec la politique numérique portée par la tutelle.
Audits, surveillance technologique et agréments
De son côté, Oboulhas Tsahat Conrad Onésime a indiqué que, grâce aux décrets d’application et aux instructions de la tutelle, l’Anssi va se charger de réaliser des audits et de surveiller technologiquement les systèmes d’information.
Il a également annoncé la délivrance d’agréments aux prestataires de services de sécurité des systèmes d’information. Cette mission vise à structurer un écosystème de prestataires reconnus, sur la base d’exigences définies par l’autorité compétente.
À travers ces fonctions, l’agence entend couvrir plusieurs maillons: vérifier, suivre l’évolution des menaces et encadrer l’offre de services. Une approche qui, selon les responsables, doit contribuer à élever le niveau général de protection des infrastructures numériques nationales.
L’Anssi, agence transversale au service du cyberespace national
Créée par la loi n°30-2019 du 10 octobre 2019, l’Anssi est présentée comme une agence transversale dédiée à la sécurité des systèmes d’information. Elle est placée sous la tutelle de la Présidence de la République.
Ses missions incluent la sécurité du cyberespace national, la gestion des incidents et menaces de sécurité, ainsi que la réponse aux cyberattaques. Elle vise aussi à promouvoir la collaboration entre les acteurs publics et privés.
Le mandat comprend également la protection des infrastructures numériques nationales, le renforcement des capacités nationales de riposte et l’émission d’alertes en la matière. L’ensemble dessine une architecture où la prévention et la réaction doivent se compléter.
Cap institutionnel: vers une régulation plus lisible
Au terme de la visite, le fil conducteur est celui d’un renforcement progressif des capacités de l’Anssi, à la fois dans son autorité de contrôle et dans ses moyens humains. Les orientations ministérielles veulent installer des pratiques plus lisibles pour les secteurs concernés.
En mettant en avant audits, sensibilisation aux textes, formation et agréments, la tutelle cherche à consolider un cadre où les acteurs économiques et administratifs peuvent déployer leurs projets numériques en intégrant, dès l’amont, les exigences de sécurité.
Pour l’Anssi, l’enjeu sera d’articuler fermeté des standards et accompagnement. Une régulation crédible se mesure aussi à la clarté des procédures et à la capacité de l’institution à dialoguer, tout en assurant la protection du cyberespace national (ACI).
