Une vision transformée en programme d’actions
À Brazzaville, devant un parterre de bénévoles et de professionnels de santé, Rodrigue Dinga Mbomi a affirmé la volonté de « transformer la vision » de l’association Marcher Courir pour la Cause en un programme d’actions concrètes, afin de freiner la progression silencieuse du diabète sur le continent.
Réunis pour la soirée caritative Elombé, deuxième édition, les participants ont entendu un message clair : la bataille sera collective ou elle sera perdue. « Tous ensemble, il est possible de faire avancer cette cause », a plaidé le président, convaincu qu’une mobilisation transversale peut réduire l’impact sanitaire national au Congo.
Renforcer la prévention et le dépistage
Selon les données rappelées au cours de la cérémonie, vingt-quatre mille personnes vivent avec le diabète dans le monde, mais seule une minorité est dépistée et traitée. Ce constat, jugé « alarmant » par l’association, justifie l’urgence de multiplier les opérations de dépistage gratuit dans les zones urbaines et rurales congolaises.
À partir de l’an prochain, Marcher Courir pour la Cause entend déployer des caravanes médicales mensuelles. Elles proposeront des tests de glycémie, des conseils nutritionnels et un suivi personnalisé, dans l’objectif d’installer une culture de prévention durable, notamment parmi les jeunes, souvent peu sensibilisés aux maladies chroniques.
Bien-être au travail et compétitivité
La soirée a également mis l’accent sur le lien entre productivité et santé, à travers un exposé intitulé « Diabète et bien-être au travail ». Les intervenants ont montré que la maladie, mal prise en charge, accroît l’absentéisme et les dépenses sociales, freinant la compétitivité des entreprises nationales.
En réponse, les organisateurs prévoient d’associer les directions des ressources humaines aux futures campagnes, afin d’installer des séances de dépistage sur les lieux de travail. Objectif affiché : démontrer que protéger la santé de l’employé revient à protéger l’investissement de l’employeur et la croissance économique nationale au Congo Brazzaville.
La traversée du Mayombe, laboratoire social
Symbole majeur de cette mobilisation, la traversée du Mayombe a pris, au fil des éditions, des allures de laboratoire social. Conjuguant marche, course et sensibilisation, l’événement sillonne sentiers et villages pour dialoguer avec les populations et rappeler que l’activité physique reste une arme simple contre le diabète récurrente.
Les chiffres illustrent l’engouement. De soixante participants initialement, l’initiative est passée à quatre cent cinquante-sept personnes lors de la cinquième édition. Pour Rodrigue Dinga Mbomi, cette courbe ascendante valide la stratégie terrain et montre que « le message gagne les cœurs aussi rapidement que les kilomètres » parcourus chaque année successive.
Appui institutionnel et partenariats privés
La lutte bénéficie d’un solide appui institutionnel. Le ministère de la Santé et la représentation de l’Organisation mondiale de la santé accompagnent logistique, pilotage scientifique et relais médiatique. Ce partenariat, salué durant la soirée, confère crédibilité et visibilité aux actions tout en garantissant l’alignement sur les orientations nationales prioritaires.
Le secteur privé, notamment pétrolier, répond également présent. Les dons financiers et la fourniture de kits de dépistage permettent de couvrir des zones où les structures publiques manquent de ressources. Pour l’association, ce dialogue public-privé incarne une approche pragmatique qui mutualise compétences et financements au service commun.
Une maison de la santé à Madingou
Autre avancée annoncée lors d’Elombé : la remise officielle du titre foncier destiné à ériger une maison du sport et de la santé à Madingou. Ce futur centre proposera un espace d’activité physique adapté et un suivi nutritionnel, complétant ainsi l’arsenal contre les facteurs de risque locaux.
Le terrain est déjà identifié, près d’un axe routier fréquenté qui facilitera l’accès aux habitants des villages voisins. « Nous voulons un lieu ouvert, où l’on vienne marcher, apprendre et se soigner », a expliqué Rodrigue Dinga Mbomi, évoquant un chantier participatif mobilisant artisans et entreprises régionales dès le lancement prochain.
Histoires de vie et réseau d’ambassadeurs
Au-delà des chiffres, la dynamique repose sur des histoires personnelles. À la tribune, une mère de famille a confié que le dépistage organisé l’an passé lui a permis de détecter précocement son diabète et d’ajuster son régime alimentaire, évitant ainsi des complications coûteuses pour toute la maisonnée.
Ces témoignages nourrissent la motivation des bénévoles, qui conjuguent formation en secourisme et coaching sportif. L’association revendique aujourd’hui un réseau d’ambassadeurs dans plusieurs départements, chargés de répliquer le modèle Elombé. L’idée est de rapprocher la prévention des réalités locales, sans attendre un rendez-vous annuel unique de sensibilisation massive supplémentaire.
Cap sur la sixième traversée du Mayombe
En perspective, la sixième traversée du Mayombe sera placée sous le signe du « travail et de l’ambition ». L’édition entend impliquer des salariés de grandes entreprises, afin de lier performance physique, responsabilité sociétale et lutte contre le diabète, dans un esprit de cohésion territoriale au Congo central tout entier.
Pour Marcher Courir pour la Cause, chaque kilomètre parcouru reste une promesse : celle d’un continent qui refuse la fatalité des maladies non transmissibles. « La victoire sera longue, reconnaît Rodrigue Dinga Mbomi, mais nous avons déjà prouvé qu’elle peut commencer par un pas partagé et solidaire ensemble ».
