Un parcours académique salué
Samedi 13 décembre 2025, les applaudissements ont résonné dans l’amphithéâtre de l’Université Marien Ngouabi. Sous le regard d’un jury international, l’abbé Benjamin Samanou, prêtre de l’archidiocèse de Pointe-Noire, a défendu une thèse qui marque la recherche congolaise.
Intitulé « Jürgen Habermas et la controverse épistémologique contemporaine sur rationalité et éducation », le travail accorde une place centrale à la philosophie de l’éducation. En décernant la mention très honorable, les examinateurs ont souligné sa rigueur scientifique et son apport original.
Les fondements de la rationalité communicationnelle
Partant du constat d’une crise de la rationalité éducative dominée par l’utilitarisme, le nouveau docteur mobilise la théorie de l’agir communicationnel de Jürgen Habermas. Dialoguer, argumenter et viser le consensus deviennent alors les piliers d’une éducation au service de la personne.
« L’école doit redevenir un espace de construction de sujets autonomes et responsables », explique Benjamin Samanou. Selon lui, la rationalité communicationnelle permet de dépasser la simple transmission de compétences pour former des citoyens aptes à participer pleinement à la vie publique.
Une critique constructive de Habermas
L’auteur ne se contente pas de louer le philosophe allemand. Il analyse les limites d’un modèle parfois peu attentif à la place de l’enfant dans le dialogue éducatif. La thèse plaide pour la reconnaissance de l’élève comme interlocuteur à part entière.
Cette nuance confère au travail une profondeur qui a séduit le jury, présidé par le professeur Charles Zacharie Bowao. « Samanou éclaire d’un regard neuf la philosophie de l’éducation », a-t-il déclaré, saluant une contribution qui combine exigence théorique et sens pratique.
Dialogue avec les traditions africaines
L’étude inscrit sa réflexion dans le contexte congolais. En évoquant l’art de la palabre, espace ancestral de débat collectif, l’abbé Samanou montre que la rationalité communicationnelle n’est pas étrangère aux cultures africaines. Elle y est déjà vécue dans les cercles communautaires.
Cette mise en perspective ouvre une voie de renouvellement pédagogique. En intégrant les ressorts du dialogue traditionnel, l’éducation contemporaine peut gagner en légitimité, en efficacité et en pertinence pour répondre aux attentes sociales du Congo-Brazzaville.
Enjeux pour le système éducatif congolais
Le travail intervient dans un contexte de réformes où le gouvernement congolais affirme sa volonté de renforcer la qualité de l’enseignement. Les conclusions de la thèse rejoignent les orientations nationales visant une école inclusive, axée sur les compétences mais aussi sur la citoyenneté.
En plaçant la parole au cœur du dispositif pédagogique, l’approche proposée favorise la participation des élèves et l’apprentissage du débat démocratique. Elle pourrait nourrir les programmes de formation des enseignants et inspirer les futurs curricula.
Une soutenance à haute valeur symbolique
La direction scientifique a été assurée par le professeur Augustin Mutuale, de l’Institut catholique de Paris, avec la codirection du docteur Laurent Gankama. Les rapporteurs Roger Mondoué et Michel Emile Mankessi ont salué un texte « clair, dense et prospectif ».
La présence de Mgr Abel Liluala, archevêque de Pointe-Noire, et de Mgr Urbain Ngassongo, vice-président de la Conférence épiscopale du Congo, a rappelé l’attachement de l’Église au développement intellectuel du pays. Tous ont souligné la portée sociale et morale de la recherche.
Perspectives ouvertes
En croisant Habermas et les traditions locales, Benjamin Samanou démontre que l’éducation peut être simultanément ancrée dans la réalité congo-brazzavilloise et ouverte au dialogue international. Sa démarche offre une boussole pour penser les finalités de l’école à l’ère de la mondialisation.
La communauté universitaire voit dans ce doctorat l’amorce d’un débat renouvelé. L’abbé Samanou entend poursuivre ses travaux et participer aux chantiers consultatifs sur les politiques éducatives. Son ambition : contribuer à bâtir une pédagogie humaniste, démocratique et respectueuse des valeurs culturelles du Congo.
