Brazzaville se mobilise pour les enfants des rues
Pendant deux jours, les 14 et 15 novembre 2025, l’Institut français du Congo a résonné d’une énergie particulière. Sur la scène, dans les couloirs et jusque dans les jardins, enfants, familles et militants ont partagé jeux, danses et slogans pour rappeler que la rue n’est pas un foyer.
À l’initiative du Réseau des intervenants sur le phénomène des enfants en rupture, soutenu par la fondation Apprentis d’Auteuil et l’Agence française de développement, le Festival des droits des enfants a fait de Brazzaville un laboratoire d’idées autour de la protection des plus vulnérables.
Le thème choisi, « Protection des enfants en situation de rue contre les violences », répond à une urgence sociale que les organisateurs qualifient de silencieuse mais profonde. Chaque témoignage recueilli sur place rappelle des parcours brisés par la famine, les trafics ou la simple indifférence.
Sans stigmatiser qui que ce soit, le festival insiste sur la responsabilité collective : État, familles, collectivités, passants. « Un enfant qui dort sur un trottoir n’a pas déserté sa maison ; la société a déserté son devoir », souffle un éducateur, voyant les spectateurs acquiescer.
Ateliers créatifs, un langage universel
Dans les salles colorées, des pinceaux côtoyaient des tablettes numériques. Les plus jeunes ont peint leur rêve d’une maison ou programmé un mini-jeu évoquant la sécurité. La méthode, expliquent les animateurs, vise à rendre les droits tangibles plutôt que théoriques et à redonner confiance.
Une fresque géante réalisée en fin d’après-midi a couvert le mur arrière de l’IFC. On y distingue un soleil protecteur, un uniforme de policier ouvert en signe d’accueil, et surtout un numéro : 2231, la ligne verte où tout témoin peut signaler un abus en quelques secondes.
Les organisateurs ont multiplié les passerelles avec le monde scolaire. Plusieurs enseignants de Makélékélé sont venus préparer des modules à reproduire en classe. L’objectif est d’entretenir la flamme après le festival, pour que l’éducation aux droits fasse partie du quotidien et non d’une parenthèse festive.
Sur scène, le slam de la jeune Pauline a saisi l’auditoire : « Je ne veux pas mendier des regards, je veux grandir sous des toits qui n’ont pas peur des orages. » Ses mots ont résonné longtemps, donnant à la poésie la force d’un manifeste.
Forces de sécurité et société civile main dans la main
La présence du commandant Aurélien Ngadia, représentant la Gendarmerie nationale, a marqué les esprits. Devant un parterre d’enfants assis au sol, il a promis que les patrouilles demeureraient vigilantes : « Nous ne baisserons jamais les bras face aux violences qui menacent vos rêves. ».
Plusieurs policiers de proximité, partenaires réguliers du REIPER, ont détaillé à voix basse leurs tournées nocturnes. Ils évoquent des situations complexes où l’équilibre entre protection et respect de la loi se joue en quelques minutes. D’après eux, la sensibilisation du grand public facilite les interventions de terrain.
Le dialogue engagé avec les magistrats présents vise désormais à renforcer la chaîne judiciaire. Les dossiers concernant les mineurs errants se perdent parfois dans les méandres administratifs. Une table ronde a soumis l’idée d’un guichet unique capable d’accélérer l’accès aux soins, à l’état civil et à la scolarisation.
L’AFD, principal partenaire financier, se dit prête à accompagner la phase pilote. Ses représentants rappellent que la promotion des droits de l’enfant constitue un critère transversal de nombreux projets. Dans la salle, on mesure alors combien la coopération internationale trouve un relais concret dans des actions locales.
Objectif 2026 : ancrer la prévention
À l’issue du festival, un mémorandum listant dix engagements a été signé par le REIPER et ses partenaires. Parmi eux figurent la formation de cinquante éducateurs de rue supplémentaires, l’ouverture d’un centre d’écoute mobile et la mise en réseau des foyers d’hébergement existants.
Le document sera transmis au ministère congolais des Affaires sociales, afin d’articuler l’initiative citoyenne avec les politiques publiques déjà en cours, notamment le Plan d’action national pour l’enfance. Les signataires insistent : cette coordination évite les doublons et renforce la portée des budgets disponibles.
Dans les couloirs, on murmure déjà la date du prochain rendez-vous. Un membre du comité confie que 2026 pourrait voir le festival s’étendre à Pointe-Noire, associant les quartiers côtiers touchés par l’exploitation pétrolière et la migration interne, deux facteurs aggravants pour l’enfance vulnérable.
En refermant les portes de l’IFC, Joseph Bikié Likibi résume l’esprit des deux jours : « Quand la rue prend les enfants, la cité peut les reprendre par la main. Notre rôle est de créer ce passage. » Derrière lui, le dernier projecteur s’éteint, mais la promesse reste vive.
Les enfants, eux, repartent avec un livret coloré regroupant les adresses utiles, des jeux de mots sur leurs droits et un espace pour noter leurs rêves. Les éducateurs misent sur cet outil simple pour maintenir le lien, car, rappellent-ils, la prévention commence souvent par une conversation.
