L’éclat d’un parcours académique
Brazzaville a salué, le 20 décembre, l’exploit académique d’Emerson Massa Ekeabéka, étudiant déficient visuel, qui a obtenu un master en ressources humaines et coaching à l’Université supérieure du commerce du Sénégal, hébergée à l’Institut de gestion de développement et d’entreprise.
Le mémoire qu’il a soutenu, noté 18 sur 20 avec mention excellente, dissèque minutieusement les mécanismes de recrutement des personnes vivant avec handicap dans la fonction publique de la République du Congo, un sujet encore peu exploré dans la recherche nationale.
Devant un jury composé des docteurs Cyrille Ngouloubi et Arsène Akouelé, sous la supervision du professeur associé Wolf Martial Barthelemy Bangogoye, le jeune chercheur a présenté en quinze minutes des conclusions qui ont suscité curiosité, admiration et applaudissements nourris.
Un mémoire au service de l’inclusion
Sa performance fut d’autant plus marquante qu’il a entièrement lu ses notes en braille, démontrant la maîtrise simultanée du fond scientifique et de techniques d’accessibilité que beaucoup d’administrations peinent encore à mettre à disposition de leurs agents.
Pour éclairer son propos, Emerson Massa Ekeabéka a mobilisé une approche descriptive, observant un échantillon de trente agents publics en situation de handicap, recrutés ces dernières années dans divers ministères, de la Santé à l’Enseignement technique, en passant par les collectivités locales.
L’analyse croisée des entretiens et des données administratives révèle un constat central : malgré un cadre juridique favorable, les obstacles pratiques demeurent nombreux pour les candidats handicapés, depuis l’accès à l’information jusqu’à l’aménagement des épreuves d’embauche.
Diagnostic des obstacles structurels
Le manque de communication institutionnelle apparaît d’abord : nombre d’interrogés ignorent l’existence même de quotas ou de concours adaptés, faute de campagnes d’information ciblées sur les radios communautaires, les réseaux sociaux ou les établissements spécialisés où ils poursuivent leur scolarité.
Sur le terrain, l’accessibilité physique constitue le second verrou ; certains centres de dépôt de dossiers ne disposent pas de rampes, d’ascenseurs fonctionnels ou d’orientation tactile, rendant périlleuse la simple remise d’un formulaire pour les personnes à mobilité réduite ou non-voyantes.
L’étude met également en évidence des perceptions discriminatoires persistantes, souvent involontaires : plusieurs responsables ressources humaines confient craindre des coûts d’adaptation ou des baisses de productivité, alors que les données récoltées montrent un taux de performance équivalent, voire supérieur, une fois un environnement adéquat garanti.
Recommandations concrètes et financements
Dans ses recommandations, le mémoire insiste sur des mesures simples mais structurantes : traduire systématiquement les avis de concours en braille et en langue des signes, doter les centres d’examen de lecteurs d’écran, sensibiliser les cadres sur les atouts de la diversité au travail.
Pour financer ces aménagements, l’auteur suggère de mobiliser le Fonds national d’action sociale, déjà prévu par la loi sur la solidarité, ainsi que des partenariats avec le secteur privé, familier des normes internationales d’accessibilité et disposé à partager son expertise technique.
Interrogé après la soutenance, Emerson Massa Ekeabéka a déclaré que l’objectif ultime reste « l’autonomie pleine et entière » des personnes handicapées, laquelle passe par un emploi stable ; il espère que son travail servira de levier pour accélérer la mise en œuvre des textes existants.
Écho institutionnel et perspectives
Plusieurs membres du public ont salué la pertinence de créer un ministère dédié aux personnes vivant avec handicap, proposition qu’ils jugent compatible avec les orientations du Plan national de développement, lequel prône une croissance inclusive et la valorisation de tous les talents.
Les observateurs soulignent d’ailleurs que la République du Congo a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées, un atout juridique qui pourrait soutenir de futures directives internes simplifiant l’intégration de ces agents dans les administrations centrales et déconcentrées.
Dans l’immédiat, l’Université supérieure du commerce du Sénégal envisage de publier le mémoire pour nourrir le débat académique et offrir aux décideurs un référentiel concret mêlant données de terrain et propositions calibrées sur la réalité budgétaire de l’État.
Vers une administration inclusive
Le parcours d’Emerson Massa Ekeabéka rappelle que la compétence n’a pas de barrière et que l’inclusion, bien conduite, profite à la fois aux individus, aux administrations et à l’image internationale d’un pays désireux de faire de sa jeunesse un moteur d’innovation.
En s’attaquant à la question du handicap sous l’angle du recrutement public, le jeune master affirme, discrètement mais fermement, que la transformation sociale naît aussi de la recherche ; demeure désormais l’enjeu de traduire ces propositions dans des actes administratifs tangibles et mesurables.
Déjà, quelques administrations pilotes, telles que le ministère des Affaires sociales et la Direction générale de la Fonction publique, envisagent de lancer en 2024 un audit d’accessibilité interne ; elles pourront s’appuyer sur les indicateurs proposés par le chercheur pour suivre l’avancement.
Si ces initiatives se confirment, elles pourraient servir de vitrine régionale et encourager la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale à harmoniser ses standards, apportant au pays une reconnaissance supplémentaire dans les forums internationaux dédiés aux politiques publiques inclusives.
