Un lancement très attendu à Brazzaville
Le salon feutré de l’Hôtel Hilton, perché face aux Tours jumelles de Mpila, s’est mué, le 27 novembre 2025, en amphithéâtre littéraire. Devant un parterre d’officiels, d’universitaires et d’amoureux du livre, Hugues Ngouélondélé a levé le voile sur son ouvrage autobiographique.
Titré « Un maire, une ville : Bâtir, servir, transmettre », le livre de 206 pages, publié chez Michel Lafon, revisite quinze ans de gestion municipale à Brazzaville. Préfacé par l’ancien président béninois Nicéphore Soglo, il joint l’expérience à la réflexion pour questionner l’avenir des collectivités.
Entre témoignage et plaidoyer
Le narrateur assume d’emblée la dimension personnelle du récit. De la prise de fonctions en 2003, dans une capitale meurtrie par la guerre, jusqu’aux derniers chantiers d’assainissement, il déroule, chapitre après chapitre, les dilemmes budgétaires, les paris d’urbanisme et les urgences sociales qui jalonnent une mandature.
Mais l’ouvrage ne se contente pas de mémoires. À travers anecdotes et indicateurs, Hugues Ngouélondélé propose une méthode articulée autour de la proximité citoyenne, de la rigueur administrative et de partenariats solides avec l’État. « La mairie ne réussit jamais seule », insiste-t-il dans un passage.
Les trois verbes d’une doctrine
Le premier pilier, « bâtir », évoque les investissements dans l’infrastructure primaire : routes de desserte, éclairage public, marchés couverts. L’ancien maire rappelle que ces chantiers ont doublé le linéaire d’asphalte en dix ans, tout en mobilisant une main-d’œuvre locale pour stimuler l’emploi juvénile.
Vient ensuite « servir ». Ici, l’auteur détaille la mise en place d’un guichet unique pour l’état civil, l’introduction de la carte électronique du contribuable et la création d’équipes d’intervention rapide chargées de réparer l’éclairage en moins de quarante-huit heures, autant d’outils pour rapprocher l’administration des habitants.
Enfin, le verbe « transmettre » ouvre la perspective générationnelle. Hugues Ngouélondélé narre l’instauration de concours d’innovation scolaire, le jumelage avec Cotonou ou Bordeaux et la publication d’appels d’offres pédagogiques pour fortifier les compétences au sein de la municipalité, convaincu que l’exemplarité vaut plus qu’une longue directive.
La critique littéraire s’invite au débat
Autour de l’estrade, un panel pluraliste, composé de Charles Nganfouomo, André Patient Bokiba, Firmin Kitsoro Kinzounza et Grégoire Léfouoba, a passé le texte au crible. Tous saluent la clarté des données chiffrées, tout en invitant à prolonger l’analyse sur la fiscalité locale et la participation communautaire.
Charles Nganfouomo souligne la rareté, dans la littérature politique congolaise, d’ouvrages associant récit personnel et grille stratégique. « Nous tenons là un matériau pédagogique pour les futures promotions de l’École nationale d’administration », affirme-t-il, insistant sur la nécessité de multiplier les retours d’expérience publics.
Pour Firmin Kitsoro Kinzounza, l’ouvrage rappelle surtout que la décentralisation se nourrit de comparaisons. L’auteur y cite Abidjan, Kigali ou Dakar pour illustrer l’avantage compétitif qu’offre une capitale bien tenue. « Le benchmarking africain reste sous-exploré », note le critique, saluant cette ouverture.
Une cérémonie mêlant art et mémoire
Après les échanges, place à la vente-dédicace. La file, discrètement ordonnée, serpente entre des panneaux photographiques exposant les principales réalisations du mandat : éclairage de l’avenue Matsoua, station d’épuration de Makélékélé, reboisement des berges. L’auteur signe, sourit, converse, fidèle à son credo de proximité.
Quelques mètres plus loin, une maquette animée de la corniche invite les visiteurs à projeter Brazzaville vers 2030. L’installation, conçue par de jeunes architectes, incarne ce dialogue intergénérationnel cher à l’auteur, démontrant que l’événement littéraire se double d’une exposition pédagogique.
De la mairie à la jeunesse, un même fil rouge
Ministre chargé de la Jeunesse et des Sports depuis 2021, Hugues Ngouélondélé relie désormais l’action municipale aux politiques d’insertion qu’il pilote. Dans son livre, il défend l’idée que toute ville, pour prospérer, doit transformer ses stades en incubateurs de talents, ses bibliothèques en pôles numériques.
Cette articulation, note-t-il, est d’autant plus cruciale que plus de 60 % des Brazzavillois ont moins de trente ans. Il voit dans la jeunesse un levier budgétaire : chaque apprenti formé réduit les coûts futurs de sécurité et augmente les recettes fiscales par l’activité générée.
Une pierre supplémentaire dans sa bibliographie
« Un maire, une ville » succède à « Le Parti congolais du travail : faire la politique autrement », publié en 2016. L’auteur poursuit ainsi une démarche de documentation de la vie publique, considérant que l’écriture stabilise les débats et offre aux chercheurs des sources primaires fiables.
Dans l’assistance, plusieurs enseignants annoncent déjà l’intégration de l’ouvrage dans leurs programmes. Pour l’historien Grégoire Léfouoba, la mise en perspective d’un mandat local contribue à combler l’angle mort des études urbaines en Afrique centrale, souvent focalisées sur les capitales économiques ou les mégapoles.
Quel horizon pour la gouvernance locale ?
En refermant la soirée, l’auteur exprime l’espoir que ce livre serve de guide aux maires actuels et futurs, au-delà du Congo-Brazzaville. « Les villes résument les défis du continent : croissance démographique, financement vert, cohésion sociale », rappelle-t-il, convaincu que la connaissance partagée accélère les solutions pragmatiques.
Une réédition augmentée, comprenant des cartographies interactives, est déjà en préparation, selon l’éditeur parisien. L’auteur souhaite y intégrer des retours de lecteurs et des études d’impact issues de l’Observatoire congolais des finances locales, afin que l’ouvrage reste un outil vivant et évolutif.
