Un partenariat historique réaffirmé
Le 25 novembre, à Brazzaville, le ministre des Hydrocarbures Bruno Jean Richard Itoua a reçu pour la première fois Amanda Jacobsen, chargée d’Affaires de l’ambassade des États-Unis. Les deux responsables ont centré leurs échanges sur la nécessité d’élargir un partenariat énergétique déjà dense entre les deux nations.
La diplomate américaine a salué une discussion « très productive », rappelant que les compagnies américaines opèrent au Congo-Brazzaville depuis des décennies. Ces pionniers, souligne-t-elle, ont structuré l’amont pétrolier et posé des bases rassurantes pour accueillir de nouveaux investisseurs issus de Houston ou d’Oklahoma City.
Pour Brazzaville, cette présence longue donne une crédibilité particulière à l’offre américaine, jugée complémentaire du cadre légal congolais revu en 2016. « Nous voulons accroître une coopération déjà exemplaire », a résumé Bruno Jean Richard Itoua en fin d’entretien, insistant sur la stabilité du climat des affaires national.
Une fenêtre d’opportunités pour l’amont pétrolier
La visite intervient deux mois après la rencontre à New York entre le président Denis Sassou Nguesso, le gouverneur de l’Oklahoma et des dirigeants de Continental Resources. Ce rendez-vous avait déjà confirmé la volonté congolaise d’attirer un capital capable de relancer des blocs offshore peu exploités.
Selon Amanda Jacobsen, plusieurs sociétés indépendantes évaluent actuellement la zone économique exclusive congolaise. Les données sismiques récentes, combinées à la modernisation du code des hydrocarbures, offriraient des conditions fiscales jugées compétitives par rapport aux juridictions voisines du golfe de Guinée, tout en préservant les intérêts souverains de l’État.
La stratégie gouvernementale mise sur des tournois d’attributions transparents et sur la réduction des délais administratifs. Le ministère estime ainsi pouvoir signer dès 2024 plusieurs contrats de partage de production. Ces accords visent à accroître la part nationale tout en garantissant aux opérateurs un retour sur investissement rapide.
Gaz : un potentiel à concrétiser
Au-delà du pétrole, le dossier gazier suscite les plus vives attentes. Le Congo-Brazzaville possède des réserves estimées à cinq mille milliards de pieds cubes, dont une fraction seulement est valorisée. Les interlocuteurs ont discuté de mini-GNL pour l’intérieur du pays et d’exportations via les terminaux d’Angola.
Bruno Itoua a rappelé que la loi oblige désormais les opérateurs à valoriser le gaz associé. Cette disposition ouvre la voie à des centrales locales, à la pétrochimie et à la production d’engrais. Plusieurs majors américaines expérimentent déjà ces chaînes de valeur, synergie que Brazzaville souhaite répliquer.
Pour Amanda Jacobsen, l’expertise américaine en capture du méthane et en liquéfaction modulable constitue un atout majeur. « Nous voyons un potentiel de réduction d’émissions et de création de revenus », a-t-elle indiqué, évoquant la possibilité d’installer des unités flottantes au large de Pointe-Noire dès la fin de la décennie.
Avantages mutuels et transferts de compétences
Le gouvernement congolais insiste sur l’emploi local. Chaque nouveau contrat inclura des clauses de formation aux métiers du forage, de la maintenance et de l’intelligence artificielle appliquée aux réservoirs. L’Institut national du pétrole, déjà soutenu par ExxonMobil, pourrait bénéficier de bourses et de simulateurs offerts par d’autres groupes américains.
Côté fiscalité, Brazzaville souhaite concilier recettes publiques et attractivité. Le ministre rappelle que la récente loi de finances introduit un mécanisme d’amortissement accéléré pour les équipements éligibles à la transition énergétique. Les compagnies pourront récupérer leurs investissements plus vite, tandis que l’État maintient une quote-part supérieure à quarante pour cent.
Les États-Unis voient également un intérêt stratégique à renforcer leur présence. Dans un marché mondial contraint, disposer d’une source stable et politiquement fiable est précieux. « Le Congo-Brazzaville a démontré sa capacité à respecter les contrats », observe un consultant de l’US International Development Finance Corporation présent lors de l’échange.
Un signal pour la diversification économique
La dynamique actuelle s’inscrit dans la volonté plus large du Plan national de développement 2022-2026 de consolider les recettes hors pétrole brut. Le gaz, la pétrochimie et l’électricité constituent des leviers pour industrialiser le pays, améliorer la balance commerciale et créer de l’emploi pour une jeunesse majoritaire.
Dans cette perspective, le rapprochement avec Washington envoie un signal positif aux autres partenaires étrangers, africains ou européens. Il confirme que Brazzaville reste ouverte, pragmatique et déterminée à diversifier ses alliances tout en préservant sa souveraineté. Les investisseurs asiatiques suivent également de près cette évolution du paysage congolais.
La délégation américaine repart satisfaite, assurant qu’une mission technique reviendra avant la fin du premier trimestre pour identifier les projets prioritaires. Le ministère des Hydrocarbures voit là un jalon concret vers l’accélération de la croissance, démontrant la capacité du Congo-Brazzaville à attirer des partenaires à haute valeur ajoutée.
Enfin, la collaboration Congo-USA pourrait s’inscrire dans les engagements climatiques pris lors de la COP27. Les futures installations devront intégrer des technologies de réduction de torchage et de capture du carbone. Brazzaville mise ainsi sur un développement énergétique responsable, capable de concilier croissance, emplois et protection des écosystèmes forestiers.
