Un joyau de 17 ans propulse les Lions
À seulement dix-sept ans, Ibrahim Mbaye s’est imposé comme l’invité inattendu de la Coupe d’Afrique des nations au Maroc, transformant chacune de ses apparitions en promesse de spectacle et rappelant que la jeunesse sénégalaise dispose de talents capables d’électriser le continent.
Face au Soudan en huitièmes, son accélération conclue par une frappe imparable a scellé la qualification sénégalaise, tandis que les tribunes se découvraient un nouveau héros capable de changer le cours d’une rencontre en quelques touches de balle.
Le joueur confie à BBC Sport avoir « senti la ferveur de tout un pays » avant même de fouler la pelouse marocaine, une pression qu’il transforme en plaisir, persuadé que l’élan populaire constitue un soutien plutôt qu’un poids.
Les huitièmes de finale comme révélateur
Mené d’entrée par les Crocodiles du Nil, le Sénégal avait déjà repris l’avantage grâce au doublé de Pape Gueye, sans toutefois rassurer un public conscient de la solidité soudanaise.
Introduit à la 70e minute, Mbaye a immédiatement occupé l’espace libre derrière la défense soudanaise, exigeant des lignes plus hautes et libérant ainsi Sadio Mané, passeur décisif sur l’action du 3-1 qui ferma la porte à tout suspense.
Dans les couloirs du stade de Rabat, plusieurs techniciens soudanais reconnaissaient après coup « ne pas avoir trouvé la parade » face à l’explosivité du numéro 24, soulignant que son entrée avait modifié le plan de jeu imaginé pour presser la relance sénégalaise.
Des records de précocité historiques
Avec ce but, l’attaquant devient le plus jeune joueur à inscrire son nom sur une feuille de match de CAN au XXIe siècle, tout en effaçant des tablettes le précédent record sénégalais détenu depuis 2004.
Cette précocité rappelle celles d’anciennes légendes continentales, nourrissant déjà les comparaisons, même si le principal intéressé se garde bien d’alimenter l’emballement médiatique.
Les spécialistes rappellent toutefois que d’autres prodiges précoces ont peiné à confirmer, invitant à relativiser les statistiques et à privilégier la progression technique sur la quête immédiate de la célébrité.
Une formation européenne bénéfique
Formé au Paris-Saint-Germain, Mbaye a découvert cette saison l’exigence du haut niveau européen, disputant la Ligue des champions et la Supercoupe d’Europe, des compétitions qui ont affûté son sens du placement et son efficacité devant le but.
À Paris, il observe quotidiennement le relais défensif de Barcola, les dribbles courts de Dembélé et la justesse de Kvaratskhelia, confiant qu’ils lui inculquent l’importance de la constance et la gestion des temps faibles.
L’encadrement parisien insiste également sur son aptitude à répéter les efforts, un atout précieux pour un ailier moderne appelé à défendre autant qu’à provoquer, compétence que Mbaye a peaufinée lors des séances vidéos analysant ses courses à haute intensité.
Ambitions continentales affirmées
Mbaye n’a rejoint la sélection que l’automne dernier, lors d’un amical face au Brésil où il fit sa première apparition avant d’ouvrir son compteur contre le Kenya, scellant un succès 8-0 resté dans les mémoires des inconditionnels de la Tanière.
Pour la CAN, il affirme vouloir « apporter de l’énergie » à un effectif qu’il juge assez profond pour viser le titre, rappelant que les attentes populaires incarnent à ses yeux une responsabilité collective plutôt qu’un fardeau individuel.
Ses partenaires louent son écoute et sa disponibilité dans le vestiaire, à l’image de Sadio Mané qui souligne « une vitesse hors normes et une intelligence rare à cet âge ».
Interrogé sur l’éventualité d’un transfert, il réaffirme vouloir « franchir les étapes sans brûler la moindre marche », laissant entendre qu’une première saison pleine avec Paris constituerait le meilleur tremplin avant d’envisager un nouveau défi.
Humilité et apprentissage continu
Conscient d’avoir brûlé les étapes, le jeune homme répète qu’il respecte les choix de l’entraîneur Pape Thiaw, se déclarant prêt à patienter si la dynamique collective l’exige.
Son idole demeure Cristiano Ronaldo, non pour la célébrité mais pour la rigueur qu’il incarne, preuve que le natif de Dakar associe le talent brut à une discipline quotidienne qu’il estime indispensable pour durer.
La fédération sénégalaise, prudente, veille d’ailleurs à ménager le joyau, consciente qu’un développement précipité pourrait freiner l’éclosion attendue sur le long terme.
Quoi qu’il advienne dans cette CAN, le nom d’Ibrahim Mbaye résonne déjà au-delà des frontières, témoignant de la vitalité d’un football sénégalais qui, à l’image d’autres sélections africaines, capitalise sur sa diaspora et ses centres de formation pour rêver plus grand.
Pour l’heure, le prodige savoure les messages venus de Dakar, Thiès ou Saint-Louis, villes où des écrans géants ont été installés afin de suivre les Lions, preuve qu’au-delà de l’enjeu sportif, la compétition nourrit un puissant sentiment d’unité nationale.
Rabat vibrera de nouveau lors des quarts, et tout le Sénégal retient son souffle : si Mbaye réitère ses fulgurances, la route vers un second sacre continental, après celui de 2021, pourrait s’éclaircir pour une génération désireuse de marquer durablement l’histoire africaine.
