Regards croisés à Kazan
Sur les rives de la Volga, une vingtaine de reporters venus d’Afrique, dont plusieurs Congolais, ont récemment arpenté les couloirs de l’Université fédérale de Kazan, fondée en 1804 par le tsar Alexandre Ier et devenue l’un des symboles universitaires de la Fédération de Russie.
Invités dans le cadre d’un programme de coopération médiatique, les visiteurs ont découvert un campus de 55 000 étudiants, dont 20 % d’étrangers, reflet d’une ouverture internationale que les organisateurs souhaitent partager avec les rédactions africaines.
Kazan, une institution bicentenaire
Le vice-recteur aux relations extérieures, Timirkhan Alichev, a rappelé que l’université fut bâtie sur les bases d’un ancien gymnase impérial, deux ukases d’Alexandre Ier ayant scellé sa création afin de desservir les provinces orientales de l’Empire russe.
Parmi les premiers inscrits figurait l’écrivain Sergueï Aksakov, preuve que la littérature s’est rapidement mêlée aux sciences pour forger un établissement pluridisciplinaire, longtemps considéré comme une porte intellectuelle vers la Sibérie, le Caucase et la région de la Volga.
Devenue université fédérale en 2010, l’institution a absorbé l’ex-université pédagogique, l’école d’ingénierie ainsi que des hôpitaux universitaires, élargissant son offre à seize instituts et vingt-sept départements linguistiques, dont plusieurs dédiés aux langues africaines.
Des héritages scientifiques majeurs
La visite a mis à l’honneur Nikolaï Lobatchevski, mathématicien devenu premier recteur, dont la géométrie non euclidienne allait plus tard nourrir les travaux d’Albert Einstein sur la relativité, illustrant l’impact mondial né dans les amphithéâtres de Kazan.
Les journalistes ont également découvert l’astronome Ivan Simonov, participant à l’expédition qui confirma l’existence du continent Antarctique, ou encore Alexander Kronidov, inventeur du premier magnétophone vidéo, preuves supplémentaires d’une tradition d’innovation peu connue du grand public africain.
À chaque étape, les guides ont insisté sur la valeur patrimoniale des laboratoires de chimie pétrolière, de robotique et d’intelligence artificielle, domaines stratégiques que l’université souhaite partager à travers des programmes conjoints avec les États d’Afrique centrale.
La notoriété de l’université tient également à son Musée d’histoire, qui conserve 60 000 pièces, des microscopes du XIXᵉ siècle aux premiers ordinateurs soviétiques, offrant aux visiteurs un aperçu matériel de deux siècles d’avancées scientifiques et pédagogiques, constamment enrichi par les dons d’anciens étudiants.
Langues et pluralité culturelle
Dans les galeries consacrées à l’orientalisme, les visiteurs ont appris que le persan, le turc, le mongol et le chinois étaient autrefois obligatoires, une politique linguistique précoce qui préfigure l’actuelle diversification vers les idiomes swahili, bambara ou lingala.
Les représentants de la faculté des langues ont décrit l’intérêt croissant des étudiants russes pour les cultures africaines, un engouement confirmé par l’ouverture de modules consacrés aux civilisations bantoues et aux littératures francophones d’Afrique centrale.
Selon Timirkhan Alichev, cette dynamique répond à la présence de 11 000 étudiants africains actuellement inscrits, facilitée par un dispositif de bourses fédérales qui encourage les mobilités Sud-Nord sans pour autant freiner les futurs retours de compétences vers leurs pays d’origine.
Sur le campus principal, les pavillons modernistes côtoient le bâtiment classique d’origine; de vastes serres expérimentales dédiées à l’écologie urbaine attestent de l’expansion vers les recherches environnementales, domaine dans lequel l’université propose déjà des stages de terrain aux étudiants d’Afrique centrale.
Médias africains et réseaux universitaires
Pour les journalistes, l’enjeu consiste à relayer ces opportunités au grand public, comme l’explique Roufina Guimaletdinova, chargée de presse : « Nos invités deviennent des ambassadeurs, leurs reportages aident à établir de nouveaux ponts académiques et scientifiques ».
Dans les rédactions de Brazzaville, Pointe-Noire ou Oyo, les premiers articles s’attardent déjà sur la possibilité pour les lycéens congolais d’accéder aux cursus de robotique ou d’écologie, à la faveur de partenariats que l’ambassade de Russie encourage depuis plusieurs années.
Cette couverture médiatique nourrit également la réflexion sur l’internationalisation des universités publiques du Congo-Brazzaville, engagées dans la modernisation de leurs programmes STEM et sensibles aux exemples de financement hybride présentés par l’établissement tatar.
Les échanges se traduisent déjà par des webinaires mensuels entre enseignants de Kazan et collègues congolais, consacrés à la cybersécurité, à la cartographie géologique et à la pédagogie numérique, autant de sujets jugés prioritaires dans la Stratégie nationale de transformation digitale du Congo-Brazzaville.
Opportunités pour l’enseignement congolais
Le ministère congolais de l’Enseignement supérieur, qui suit avec intérêt ces visites de terrain, évoque déjà des doubles diplômes en géologie pétrolière, discipline stratégique pour l’économie nationale, ainsi que des échanges professoraux en intelligence artificielle appliquée aux questions de santé publique.
Des responsables académiques rappellent cependant que la réussite de tels projets dépendra aussi de la capacité des universités congolaises à améliorer connectivité internet, laboratoires et dispositifs d’accueil, autant de chantiers inscrits dans le Plan national de développement.
À Kazan, les journalistes africains ont achevé leur séjour dans l’ancienne salle de cours fréquentée brièvement par Vladimir Ilitch Oulianov, futur Lénine, symbole du lien permanent entre histoire et modernité que l’institution souhaite désormais partager avec le continent africain.
Alors que les valises se refermaient, plusieurs participants évoquaient déjà un retour sur place avec des délégations d’étudiants congolais, convaincus que la connaissance mutuelle forge des alliances durables et qu’un reportage, repris sur les ondes de Brazzaville, peut parfois ouvrir la voie à une carrière scientifique.
