Un outil inédit pour l’école congolaise
Brazzaville a accueilli, le 11 novembre 2025, un événement symbolique : la remise officielle du premier Cadre d’orientation curriculaire de la République du Congo. Le document, présenté comme une boussole stratégique, entend refonder l’école sur le savoir et l’innovation citoyenne.
Anicet Kombo, directeur de cabinet par intérim du ministre de l’Enseignement général, a reçu l’ouvrage des mains de la représentante de l’UNESCO, Fatoumata Barry Marega. L’acte s’est déroulé sous le regard du cabinet de l’Enseignement technique, confirmant l’approche intersectorielle voulue par le gouvernement.
Genèse : des États généraux à la livraison
Le COC découle des États généraux de l’éducation, de la formation et de la recherche, tenus en janvier 2024. Ces assises avaient recommandé la création d’un référentiel unique pour orienter les réformes curriculaires, objectif désormais matérialisé.
L’UNESCO a accompagné un groupe interministériel dans l’élaboration du texte. La méthode participative a réuni inspecteurs, enseignants, parents et partenaires techniques, favorisant un consensus rare dans l’histoire du système éducatif congolais.
Objectifs stratégiques du COC
Le cadre vise la cohérence entre politique éducative, programmes, manuels et formation des maîtres. Il balaie aussi les deux sous-secteurs, général et technique, afin d’assurer une progression harmonisée des apprentissages du préscolaire au post-obligatoire.
Il définit des valeurs de citoyenneté, d’ouverture et de solidarité, tout en consacrant une place aux savoirs endogènes. Le futur curriculum entend ainsi répondre aux besoins de l’économie nationale et aux aspirations des jeunes à l’employabilité.
Une approche participative saluée
« Fruit d’un processus exemplaire, le COC constitue un pacte social autour de la vision éducative nationale », a déclaré Fatoumata Barry Marega, soulignant l’importance de l’appropriation par les acteurs de terrain.
Les syndicats d’enseignants se disent encouragés par la prise en compte de leurs propositions, notamment sur l’intégration des langues nationales comme vecteurs d’apprentissage au primaire. Ils attendent désormais un calendrier précis pour la diffusion des nouveaux référentiels.
Alignement sur l’Agenda 2030
En adoptant ce cadre, le Congo-Brazzaville se positionne parmi les États pionniers de la sous-région dans l’opérationnalisation de la cible 4.7 de l’ODD 4, qui promeut l’acquisition de compétences de vie et la culture de la paix.
Le ministère de l’Enseignement général rappelle que le document s’inspire des standards régionaux de la CEMAC et des indicateurs mondiaux de l’UNESCO, tout en les adaptant aux réalités locales, rurales et urbaines.
Prochaines étapes opérationnelles
Selon Anicet Kombo, une commission mixte planchera dès janvier 2026 sur la déclinaison des programmes et la production d’outils didactiques. La formation continue des enseignants fera l’objet d’un plan quinquennal financé par le budget national et des partenaires.
Un portail numérique doit également être ouvert pour centraliser ressources pédagogiques et retours d’expérience. L’objectif est de faire de la classe congolaise un lieu d’apprentissage interactif, où les technologies complètent et non remplacent l’enseignant.
Un impact attendu sur l’économie du savoir
Les autorités misent sur le COC pour nourrir la diversification économique prônée dans le Plan national de développement. Une jeunesse mieux formée devrait stimuler entrepreneuriat, recherche et innovation, tout en réduisant le chômage urbain.
Le secteur privé se dit prêt à offrir stages et mentorat afin de renforcer la dimension professionnelle des filières techniques. Des accords pilotes avec des entreprises de télécommunications et d’agro-industrie sont déjà envisagés.
Perspectives régionales et coopération
Le bureau de l’UNESCO à Brazzaville entend partager l’expérience congolaise avec d’autres pays de la CEMAC, favorisant ainsi une harmonisation des standards d’apprentissage dans la sous-région.
Pour le gouvernement, cette visibilité internationale confirme la capacité du Congo-Brazzaville à porter des réformes ambitieuses et concertées, en phase avec les priorités du président Denis Sassou Nguesso en matière de capital humain.
Un défi de mise en œuvre
Les observateurs rappellent néanmoins que le succès d’un cadre curriculaire dépend de son exécution sur le terrain. Les zones enclavées, où l’accès aux infrastructures reste limité, devront recevoir un accompagnement spécifique pour éviter une fracture pédagogique.
Le ministère de l’Économie prévoit des incitations fiscales pour les éditeurs locaux, afin de produire des manuels conformes au nouveau référentiel à des coûts accessibles, gage d’équité territoriale.
Engagement renouvelé de la communauté éducative
Les chefs d’établissement savourent déjà la clarté des orientations. « Nous disposons enfin d’une grille commune pour bâtir nos plans d’école », commente un proviseur de Pointe-Noire, convaincu que la démarche stimulera l’autonomie pédagogique.
La Conférence épiscopale, gestionnaire de nombreux établissements conventionnés, se félicite également de la prise en compte du dialogue inter-confessionnel dans la formation civique, consolidant ainsi le vivre-ensemble national.
Cap sur 2030
À cinq ans de la première évaluation prévue par l’UNESCO, le Congo-Brazzaville s’engage dans un marathon plutôt qu’un sprint. Les indicateurs de lecture, de numératie et de compétences numériques serviront de baromètres annuels.
Si la trajectoire demeure positive, l’expérience congolaise pourrait inspirer une feuille de route continentale, démontrant la pertinence d’une approche curriculaire contextualisée et centrée sur l’apprenant.
