Objectifs de la mission
Le ministre de la Coopération et de la Promotion du partenariat public-privé, Denis Christel Sassou Nguesso, a foulé vendredi le sol de la Zone de développement de Mariel, dans la province d’Artemisa. Sa visite s’inscrivait dans un programme de partage d’expériences entre la République du Congo et Cuba.
D’emblée, le ministre a rappelé que les zones économiques spéciales et les partenariats public-privé constituent des leviers décisifs pour attirer les capitaux et diversifier des économies encore vulnérables aux cours des matières premières. La démarche s’ancre dans la stratégie de transformation promue par Brazzaville depuis plusieurs années déjà.
Mariel, laboratoire de développement
Mariel déploie près de cinq cents kilomètres carrés d’infrastructures portuaires, industrielles et logistiques. Sa gouvernance associe autorités cubaines, investisseurs étrangers et entreprises mixtes, créant un écosystème perçu comme modèle dans la Caraïbe. Le site représente pour les délégations étrangères un laboratoire grandeur nature de politiques d’ouverture depuis 2013.
Après avoir parcouru plusieurs hangars, Denis Christel Sassou Nguesso a noté la présence d’enseignes internationales et d’unités cubaines associées dans des co-entreprises. « Ce dynamisme illustre la capacité de la plateforme à attirer des partenaires stratégiques dans des secteurs variés », a-t-il publié sur son compte X vendredi soir.
Enseignements sur la gouvernance
Les échanges tenus avec la direction de la zone ont porté sur la gouvernance, les incitations fiscales, mais également sur le suivi social et environnemental des projets. Le ministre a insisté sur la nécessité d’articuler chaque avantage accordé aux investisseurs avec des retombées tangibles pour les populations locales.
La République du Congo dispose elle aussi de zones économiques spéciales, dont celle de Pointe-Noire et celle d’Oyo-Ollombo, à différents stades de développement. Pour Denis Christel Sassou Nguesso, confronter les expériences permettra d’affiner les cadres juridiques et de maximiser la contribution de ces zones au produit intérieur brut.
Au-delà de l’ingénierie territoriale, le ministre voit dans le partenariat public-privé un instrument pour mobiliser des ressources hors budget de l’État et accélérer la création d’emplois qualifiés. L’approche conjointe zones spéciales et PPP devrait, selon lui, stabiliser l’environnement d’affaires et renforcer la confiance des investisseurs institutionnels au Congo.
Sur le terrain, les responsables cubains ont présenté le mode de gouvernance unique de Mariel, basé sur une autorité administrative autonome et un guichet unique. Cette configuration réduirait significativement le temps de traitement des dossiers, un argument régulièrement évoqué pour séduire les industriels pharmaceutiques, agro-alimentaires ou logistiques internationaux.
Selon les explications fournies, les entreprises profitent d’exemptions fiscales temporaires, d’un régime douanier simplifié et d’un accès prioritaire aux infrastructures portuaires voisines. Ce triptyque s’articule avec des obligations claires en matière de transfert technologique, critère jugé déterminant pour valoriser le tissu productif local et renforcer les compétences nationales.
Le ministre congolais a salué la cohérence entre incitations et exigences, y voyant un équilibre pertinent pour éviter l’effet d’enclave que redoutent certains organismes multilatéraux. Il a également observé les dispositifs d’évaluation mis en œuvre afin de mesurer les emplois créés et le contenu local des contrats signés.
Adaptation au contexte congolais
À son retour, Denis Christel Sassou Nguesso prévoit de partager ses observations avec les équipes en charge des zones de Pointe-Noire et d’Oyo-Ollombo. L’objectif affiché consiste à adapter certaines bonnes pratiques, notamment la simplification administrative et l’instauration d’indicateurs de performance suivis trimestriellement par les autorités et partenaires locaux.
Brazzaville réfléchit également à l’introduction de clauses de formation obligatoire pour renforcer l’employabilité des jeunes diplômés. Le ministre estime que la success-story d’un cluster industriel demeure fragile sans montée en compétence nationale, condition sine qua non pour générer une valeur ajoutée stable et inclusive sur le long terme.
Les autorités congolaises souhaitent par ailleurs optimiser la commercialisation de leurs zones en s’inspirant du marketing territorial cubain. Des tournées ciblées auprès de fonds d’investissement et d’associations patronales étrangères sont envisagées, afin de capter les projets alignés avec le Plan national de développement 2022-2026 actuellement en vigueur au Congo.
Prochaines étapes et perspectives
À court terme, une mission technique cubaine pourrait être invitée à Pointe-Noire pour analyser la chaîne logistique et proposer des ajustements. Un comité mixte, placé sous l’égide des deux ministères de tutelle, assurerait le suivi des recommandations et la préparation d’un mémorandum d’entente formalisé dans les mois prochains.
Cette coopération ponctuelle s’inscrit dans la continuité des relations historiques entre Brazzaville et La Havane. Pour le gouvernement congolais, multiplier les échanges Sud-Sud participe d’une diplomatie économique destinée à diversifier les partenaires et à tirer parti des réussites régionales plutôt que de modèles lointains, souvent moins adaptés localement.
En définitive, la visite de la Zone de Mariel constitue pour Denis Christel Sassou Nguesso un jalon dans la maturation du cadre congolais des zones économiques spéciales. Les enseignements recueillis serviront de catalyseur à des réformes graduelles, ciblant l’investissement productif et l’industrialisation inclusive du pays dans les années à venir.
