Un congrès sous le signe de l’attente
Plus de trois mille délégués, venus de tous les départements du Congo-Brazzaville, se sont réunis à Brazzaville entre le 27 décembre 2025 et le 1ᵉʳ janvier 2026 pour le 6e congrès ordinaire du Parti congolais du travail. L’enjeu principal, désigner ou reconduire le secrétaire général, a nourri les débats pendant cinq jours.
Initialement prévu pour se clore le 30 décembre, le congrès a joué les prolongations. Les commissions thématiques, chargées de passer au crible les rapports d’activité et de tracer les orientations politiques, ont sollicité plus de temps afin d’aboutir à un consensus large sur la ligne du parti pour les cinq prochaines années.
La reconduction de Pierre Moussa
Le 1ᵉʳ janvier, en séance plénière, les congressistes ont finalement porté leur choix sur Pierre Moussa. L’ancien Premier ministre, économiste de formation et artisan du budget-programme dans les années 1990, prolonge ainsi le mandat qu’il détient depuis 2019 à la tête du PCT.
Selon plusieurs délégués interrogés dans les couloirs du Palais des congrès, la décision a été prise « par acclamation », signe, disent-ils, d’une volonté d’unité face aux échéances nationales à venir. Aucun vote contradictoire n’a été rendu public, confortant l’idée d’un soutien massif autour du secrétaire général sortant.
Le choix de la stabilité
Pierre Moussa, 80 ans, connaît l’appareil du parti depuis son entrée au comité central en 1979 et son accession au bureau politique dix ans plus tard. Son profil rassurant, associé à un réseau forgé dans les institutions financières régionales, a pesé dans la balance, confie un cadre du PCT.
« Nous avons opté pour l’expérience, explique un responsable de la fédération de la Cuvette. À douze mois d’une présidentielle cruciale, il fallait maintenir le cap plutôt que s’engager dans une compétition interne qui aurait fracturé nos rangs. »
Des sensibilités pourtant affirmées
Les travaux des commissions ont parfois révélé des divergences, notamment sur la stratégie de communication à adopter auprès de la jeunesse urbaine. Plusieurs délégués ont plaidé pour une modernisation de la présence numérique du parti, citant la montée des plateformes sociales comme relais d’opinion.
D’autres voix ont mis l’accent sur la nécessité de renforcer l’implantation rurale par des programmes de formation politique. Au final, la synthèse du congrès parle de « complémentarité » entre action terrain et discours digital, évitant de trancher trop nettement entre les différentes sensibilités.
Cap sur la présidentielle de mars 2026
L’un des mandats premiers confiés à Pierre Moussa reste la préparation de la candidature de Denis Sassou Nguesso à la présidentielle prévue en mars 2026. Le congrès a confirmé la résolution adoptée en 2021 désignant l’actuel chef de l’État comme candidat du parti.
Les congressistes ont demandé la constitution d’une cellule stratégique chargée d’articuler le programme présidentiel aux conclusions du congrès. Cette structure, placée sous l’autorité directe du secrétaire général, devrait élaborer un argumentaire centré sur la stabilité macroéconomique et la diversification, thèmes récurrents dans les interventions plénières.
Une feuille de route clarifiée
Le rapport final, lu avant la clôture, détaille six axes prioritaires : consolidation de la paix, relance industrielle, financement de l’agriculture, inclusion numérique, valorisation de la jeunesse et diplomatie économique dans la CEMAC. Chaque axe est assorti d’indicateurs destinés à mesurer les progrès d’ici la prochaine session du comité central.
Ces marqueurs, salués par les observateurs comme une avancée méthodologique, devraient aider le parti à suivre l’exécution de ses engagements. « Nous devons rendre compte », a insisté Pierre Moussa devant l’assemblée, appelant à un suivi trimestriel des objectifs fixés.
Le bureau politique partiellement renouvelé
Outre le poste de secrétaire général, plusieurs sièges du bureau politique ont changé de titulaire. Sur les vingt-cinq membres, huit nouveaux cadres font leur entrée, principalement issus des ligues des jeunes et des femmes. Ce rajeunissement partiel reflète la volonté affichée d’intégrer des profils plus diversifiés.
Parmi eux, Gaëlle Loukakou, 35 ans, élue conseillère municipale à Pointe-Noire en 2023, hérite du portefeuille communication. Elle a promis de « porter la parole du parti au-delà des cercles traditionnels » en mobilisant podcasts et lives interactifs pour expliquer les réformes portées par le gouvernement.
Réactions et perspectives
À Brazzaville, les milieux économiques ont accueilli la reconduction de Pierre Moussa avec sérénité. Plusieurs chefs d’entreprise perçoivent l’ancien ministre du Plan comme un interlocuteur solide pour défendre un climat d’investissement stable. « La continuité rassure les partenaires », note un consultant basé dans la capitale.
Au sein de l’opposition parlementaire, des voix regrettent néanmoins un « manque d’alternance interne ». Les responsables du PCT relativisent ces critiques, faisant valoir que le parti a constamment adopté des mécanismes de consultation élargis, citant la tenue régulière de congrès et de conférences idéologiques.
Les défis qui attendent Pierre Moussa
Le secrétaire général devra conjuguer modernisation de l’appareil et unité autour de l’élection présidentielle. La mobilisation des jeunes, segment électoral déterminant, figure en bonne place. Les ligues régionales ont proposé des caravanes citoyennes et des ateliers d’initiation à l’entrepreneuriat pour ancrer le discours du parti dans le quotidien.
Autre chantier, l’amplification des alliances au sein de la majorité présidentielle. Le PCT ambitionne de renforcer la coordination avec ses partenaires du Rassemblement de la majorité présidentielle. Un séminaire commun est annoncé pour le second trimestre 2026 afin d’harmoniser programmes et messages.
Regards sur l’économie nationale
Les analyses économiques placent la diversification au cœur des débats internes. Le PCT souligne les progrès enregistrés dans la maitrise de l’inflation et la stabilisation des finances publiques. Les congressistes appellent à une montée en puissance des filières bois, agriculture et télécommunications pour réduire la dépendance pétrolière.
Au sujet du climat d’affaires, la feuille de route recommande la poursuite des réformes douanières et la simplification des procédures administratives. Autant de mesures que Pierre Moussa s’est engagé à soutenir, en liaison étroite avec les ministères sectoriels, afin de « faire du Congo-Brazzaville un hub économique régional ».
L’enjeu de la cohésion sociale
La résolution sociale adoptée met l’accent sur l’employabilité des jeunes et la couverture santé universelle. Des programmes pilotes doivent être lancés dans six départements dès 2026. Chaque initiative sera suivie par un comité tripartite associant élus, société civile et administration pour garantir une mise en œuvre inclusive.
Le parti mise également sur la culture, perçue comme vecteur d’unité nationale. Des festivals itinérants recevront un soutien logistique du PCT afin de promouvoir langues et rythmes locaux. « Nous voulons célébrer notre diversité pour renforcer la fraternité », résume un coordinateur culturel du parti.
Une communication repensée
Soucieux d’adapter son discours au contexte numérique, le PCT projette la création d’un centre média doté d’un studio audiovisuel. Cette structure devra produire capsules vidéo, infographies et podcasts pour vulgariser le programme présidentiel et les initiatives gouvernementales.
Le secrétaire général a rappelé que la communication doit rester « respectueuse et factuelle », invitant militants et sympathisants à privilégier l’argumentation au détriment de la polémique. Une charte d’utilisation des réseaux sociaux, assortie de recommandations éthiques, sera remise à chaque section locale avant fin 2026.
Le regard des partenaires régionaux
Dans la zone CEMAC, plusieurs partis frères ont adressé des messages de félicitations. Les formations au pouvoir au Cameroun et au Gabon ont salué une décision qui « renforce la stabilité institutionnelle en Afrique centrale ». Des délégations étrangères, conviées aux séances inaugurales, ont proposé des échanges d’expérience sur la gouvernance économique.
Ces soutiens extérieurs confortent la stratégie diplomatique du PCT, désireux de présenter le Congo-Brazzaville comme un acteur constructif au sein des organismes régionaux. Pierre Moussa a indiqué qu’il entendait multiplier les missions d’explication des réformes auprès des partenaires multilateraux.
Une clôture fédératrice
La cérémonie finale, ponctuée d’un chœur d’enfants entonnant l’hymne national, s’est déroulée sous les applaudissements. Dans son allocution, le secrétaire général a salué « l’esprit de responsabilité » démontré par les délégués et a lancé un appel à la « mobilisation de tous pour la réussite des échéances futures ».
Les congressistes ont quitté Brazzaville avec un agenda bien rempli. Prochain rendez-vous majeur : la session du comité central prévue en juillet 2026, qui dressera un premier bilan de la mise en œuvre des résolutions et ajustera, si nécessaire, la campagne présidentielle.
