Mobilisation autour des pensions impayées
À Brazzaville, la salle du Centre culturel Mbounda a accueilli, le 23 novembre, plusieurs centaines de retraités venus écouter Uphrem Dave Mafoula, président du parti Les Souverainistes. L’ancien candidat à la présidentielle voulait leur donner la parole et attirer l’attention nationale sur les pensions impayées.
Cette étape, baptisée « Mbongui des retraités », s’inscrit dans le « Mbongui Tour » lancé par le parti depuis 2021 afin d’écouter les préoccupations citoyennes. La question des cinquante mois d’arriérés à la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF) y a occupé une place centrale.
Devant un auditoire attentif, Dave Mafoula a dénoncé les « sacrifices invisibles » consentis par des anciens agents publics parfois contraints de vendre leurs biens pour se soigner. « Derrière chaque retraité existe une famille entière », a-t-il rappelé, appelant à placer la dignité au cœur des discussions.
Le jeune leader dit préparer une lettre ouverte au chef de l’État afin de porter officiellement ces doléances. Il assure qu’il ne s’agit pas d’une manœuvre partisane mais d’un « devoir moral » envers ceux qui ont consacré leurs carrières au service public congolais.
Portrait d’une génération oubliée
Les témoignages recueillis lors de la rencontre soulignent l’ampleur des difficultés. Un ancien employé du Centre hospitalier universitaire explique attendre sa première pension depuis 2020, faute de reversement de ses cotisations. « Je vis désormais d’entraide familiale », confie-t-il, la voix presque couverte par l’émotion collective.
À la CRF, plusieurs interlocuteurs ont réclamé la réinscription de la ligne « complément retraite » dans la loi de finances. Celle-ci avait été orientée, selon eux, vers le remboursement de la dette sociale. Or, sans ce complément, les montants versés demeurent insuffisants face à l’inflation.
Les fonctionnaires issus des mairies et des établissements à budget de transfert se sentent particulièrement exposés. Leurs administrations, rappellent-ils, dépendent de subventions pour cotiser. Lorsque ces transferts tardent, les dossiers de retraite stagnent et les futurs pensionnés vivent plusieurs années sans revenus stables.
Au-delà des chiffres, c’est la question du lien intergénérationnel qui traverse le Mbongui. Beaucoup redoutent qu’une même impasse attende les actifs d’aujourd’hui si aucune mesure structurelle n’est prise. « Notre sort annonce celui de nos enfants », glisse une ancienne institutrice, suscitant un silence lourd.
Les pistes avancées par Les Souverainistes
Pour le parti d’Uphrem Dave Mafoula, la mise en œuvre des textes existants constitue le premier levier. La loi sur l’autonomisation de la retraite, adoptée il y a plusieurs années, prévoit une gouvernance plus autonome des régimes et une traçabilité renforcée des cotisations, encore imparfaitement appliquées.
Autre proposition : affecter, dès le collectif budgétaire prochain, une enveloppe destinée à éponger quatre mois d’arriérés avant le scrutin présidentiel, « un signal humain fort », insiste le conférencier. Les comptables publics présents soulignent qu’une telle mesure nécessiterait un calibrage précis des recettes non pétrolières.
Le mouvement plaide aussi pour l’ouverture d’un dialogue tripartite réunissant gouvernement, partenaires sociaux et représentants de retraités, sur le modèle des concertations tenues lors de la réforme hospitalière. L’objectif serait de cartographier les dettes, fixer un échéancier crédible et renforcer le contrôle citoyen.
Le cadre légal et budgétaire au centre des débats
L’Assemblée nationale a voté, pour l’exercice en cours, un budget marqué par un retour progressif à l’équilibre, après les chocs de la pandémie. Les arbitrages entre investissement, remboursement de la dette publique et dépenses sociales restent serrés, reconnaît un parlementaire rencontré en marge du Mbongui.
Ce dernier rappelle toutefois que la Constitution consacre le droit à la sécurité sociale. « L’État ne saurait se soustraire à ses obligations », assure-t-il, évoquant la possibilité de crédits additionnels si la conjoncture pétrolière demeure favorable. Des échanges informels auraient déjà eu lieu avec le ministère des Finances.
Des économistes congolais soulignent que le montant global des arriérés, estimé à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, reste absorbable à moyen terme grâce à la remontée attendue des recettes douanières et à l’amélioration de la collecte fiscale, initiée par les services compétents.
Ils plaident pour un mécanisme mixte combinant apurement de la dette sociale et réforme structurelle du système. « Verser les pensions sans reconfigurer le modèle reviendrait à repousser le problème », observe l’un d’eux, rappelant qu’une population vieillissante imposera des engagements croissants aux finances publiques.
Vers un pacte intergénérationnel renouvelé
La mobilisation déclenchée par Dave Mafoula révèle une aspiration à davantage de solidarité nationale. En montrant que le sort des retraités concerne chaque famille, le Mbongui crée un espace de concertation que les autorités peuvent saisir pour consolider la paix sociale et soutenir la croissance inclusive.
Les participants espèrent désormais qu’une réponse institutionnelle rapide viendra rassurer les foyers. Qu’elle prenne la forme d’un décret, d’une table ronde ou d’un plan budgétaire, elle serait perçue comme le signe que la société congolaise avance résolument, unie, vers un futur respectueux de toutes ses générations.
Une délégation de retraités se dit prête à présenter des propositions chiffrées lors des prochaines assises nationales consacrées aux finances publiques.
