Un chantier national pour renforcer l’insertion
Annoncé lors d’une conférence de presse fin décembre à Brazzaville, le Programme national de formation en perlage du Fonds national d’appui à l’employabilité et à l’apprentissage promet d’offrir, sans frais, une nouvelle voie professionnelle à 3 000 jeunes Congolais.
Associé à la Société africaine de recouvrement, le Fonea veut transformer cet artisanat encore discret en République du Congo en un secteur créateur de richesses, tout en réaffirmant son mandat d’accompagnement des politiques publiques d’insertion économique.
La cible première est double : 1 500 apprenants dans la capitale, autant à Pointe-Noire, avant un déploiement progressif vers les autres départements, gage d’un impact territorial équilibré.
Méthode pédagogique axée marché
Le parcours se décompose en trois séquences complémentaires : l’apprentissage des techniques de perlage, la phase de production encadrée et, enfin, la mise en marché des créations.
Ce triptyque évite l’écueil d’une formation déconnectée de la réalité commerciale et inscrit d’emblée les bénéficiaires dans une logique entrepreneuriale, où la valeur d’usage et la marge priment autant que le geste artistique.
Des mentors expérimentés suivront chaque cohorte, depuis la conception des premières perles jusqu’au calcul des prix de revient, afin de sécuriser les débuts souvent fragiles des micro-entreprises naissantes.
Made in Congo et souveraineté créative
Le Fonea veut faire du perlage un étendard du « Made in Congo ». Les matières premières seront sourcées localement et, chaque fois que possible, transformées sur place pour réduire les importations et accroître la valeur ajoutée intérieure.
Cette orientation rejoint l’ambition gouvernementale de diversification économique, inscrite dans les plans successifs de développement, en privilégiant l’artisanat créatif comme nouvelle filière d’exportation culturelle.
À moyen terme, les responsables envisagent la création d’un label qualité qui garantirait l’origine congolaise des pièces et faciliterait leur visibilité dans les boutiques touristiques, puis sur les plateformes de commerce électronique.
Critères d’accès et calendrier opérationnel
Ouvert aux femmes et aux hommes âgés de seize à trente-cinq ans, le programme adopte les standards internationaux de la jeunesse tout en tenant compte des contraintes locales de scolarité et de mobilité.
Une phase pilote, dès ce trimestre, concernera deux centres urbains majeurs, avant une montée en puissance graduelle financée par le budget propre du Fonea et l’appui de la SAR.
Les inscriptions seront précédées d’une large campagne d’information, prévue en janvier, mobilisant radios communautaires, réseaux sociaux et relais associatifs afin d’atteindre les quartiers périphériques où le chômage des jeunes reste élevé.
Une success-story locale comme modèle
Invitée lors de la conférence, l’entrepreneure Gelvie Simba a raconté comment, en quelques années, le perlage est passé d’un loisir à sa principale source de revenus.
« Je paie mes factures et j’emploie deux aides », a-t-elle souligné, détaillant des délais de fabrication variant selon la taille des sacs ou des objets décoratifs.
Son témoignage illustre l’objectif recherché : faire naître des entrepreneurs capables de s’émanciper des emplois salariés rares, tout en dynamisant les marchés locaux avec des produits identifiables et appréciés.
Suivi d’impact et enjeux de pérennité
Au-delà des quatre mois de formation, le Fonea assure un accompagnement post-création pendant un an, comprenant coaching, accès facilité au microcrédit et assistance comptable.
Un tableau de bord trimestriel mesurera le taux d’insertion, le chiffre d’affaires moyen et la viabilité des entreprises, condition essentielle pour prolonger le financement public-privé.
À terme, les responsables espèrent que certaines structures formées deviendront elles-mêmes centres de formation, créant ainsi un effet boule de neige favorable à l’emploi national.
La démarche s’inscrit en cohérence avec la stratégie du gouvernement pour la jeunesse, axée sur l’autonomisation économique et l’émergence de filières inédites contribuant à la richesse du Congo-Brazzaville.
Financement et partenariats stratégiques
Le coût total du programme n’a pas été rendu public, mais les organisateurs évoquent un montage financier combinant subvention d’État, contribution de la SAR et soutien de fondations intéressées par l’entreprenariat social.
Un mécanisme de garantie partielle, à négocier avec les banques locales, devrait sécuriser les lignes de crédit accordées aux meilleurs projets, limitant ainsi le risque pour les établissements et favorisant l’accès des jeunes sans historique bancaire.
À moyen terme, le Fonea souhaite fédérer un réseau de distributeurs, boutiques et plateformes numériques qui s’engageraient contractuellement à acheter une part de la production, assurant des débouchés stables.
Contexte du marché artisanal congolais
Selon les données publiées par le ministère de l’Artisanat, le secteur compterait déjà près de cinquante mille acteurs, majoritairement informels, dont la valeur ajoutée reste mal mesurée dans le produit intérieur brut.
Le perlage, niche en pleine croissance, bénéficie d’une demande portée par la mode africaine contemporaine et la montée du tourisme intra-africain, deux tendances répertoriées par les études de la CEMAC.
En ciblant ce segment, le Fonea exploite une fenêtre d’opportunité cohérente avec la stratégie régionale visant à substituer les importations d’articles de bijouterie fantaisie venant d’Asie.
Cap sur l’économie circulaire
Les formateurs insistent sur la récupération de perles en verre, plastique ou métal déjà présentes sur le marché, afin de réduire les décharges et d’instiller une culture d’économie circulaire parmi les jeunes artistes.
