Tournée présidentielle et ferveur populaire
Parti de Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso a parcouru en novembre les boulevards de Pointe-Noire, les artères de Dolisie puis les rives de l’Okoua à Ouesso. Partout, le cortège présidentiel a provoqué des marées humaines rappelant les grands moments politiques du pays.
Sans prononcer un mot sur la présidentielle de mars 2026, le chef de l’État a préféré multiplier les bains de foule, serrant les mains, écoutant les doléances, inspectant des chantiers routiers et promettant de «faire davantage», selon l’expression devenue récurrente dans son entourage.
La densité de la mobilisation a conforté les ténors du Parti congolais du travail, convaincus que le terrain leur est favorable. Plusieurs élus locaux ont évoqué, sous couvert d’anonymat, une «pré-campagne» qui ne dit pas son nom mais qui balise déjà le chemin de 2026.
Brice Itoua amplifie la dynamique en ligne
Sur les réseaux sociaux, la voix la plus retentissante a été celle de Brice Itoua, conseiller municipal de Pointe-Noire. D’un ton lyrique, l’orateur a salué «la déferlante» qui accompagnerait le président, qualifiant cette ferveur d’osmose entre le chef et le peuple.
«Qui vivra verra», a-t-il lancé, estimant que les critiques de l’opposition ne pèseraient guère face à la foule. Son message a été partagé des centaines de fois, une visibilité qui révèle la place prise par le numérique dans la bataille politique congolaise.
Des responsables de la société civile rappellent toutefois que l’engouement virtuel reste difficile à mesurer sans études indépendantes. Ils soulignent que les plateformes sont dominées par les sympathisants du pouvoir, tandis que les voix dissidentes peinent à se frayer une audience comparable.
Ouesso met en lumière les priorités sanitaires
Le point d’orgue de la tournée a été l’inauguration de l’hôpital général de Ouesso, dans la Sangha, le 24 novembre. L’établissement, doté de plateaux techniques modernisés, doit réduire l’évacuation des patients vers Brazzaville et renforcer l’accès aux soins spécialisés dans le Nord.
Devant les personnels en blouse blanche, Denis Sassou-Nguesso a rappelé que la santé restait «le socle de la productivité nationale». Il a aussi insisté sur la nécessité d’entretenir l’édifice, souvent talon d’Achille des infrastructures publiques, afin que l’investissement profite durablement aux populations.
La mise en service du complexe hospitalier s’ajoute aux programmes de réhabilitation des axes routiers Pointe-Noire–Brazzaville et Ouesso–Sembé. Pour le gouvernement, cet enchaînement d’annonces illustre la priorité accordée aux services essentiels, considérée comme préalable au développement inclusif promu dans le Plan national.
Stabilité et climat des affaires au cœur du message
Au-delà des chantiers, la tournée a délivré un message lié à la stabilité. Les conseillers économiques du palais rappellent que le Congo-Brazzaville veut capter de nouveaux partenaires, y compris hors pétrole, et que la paix sociale reste la première variable étudiée par les investisseurs.
Selon un banquier basé à Abidjan, présent lors de l’étape de Pointe-Noire, la cote de confiance est «liée à la continuité de l’action publique». Il note que la trajectoire budgétaire, jugée plus prudente ces deux dernières années, commence à rassurer les marchés régionaux.
La diplomatie économique s’active. Brazzaville prépare un forum dédié aux industries forestières et touristiques de la Sangha. L’objectif est de diversifier les sources de devises en valorisant la biodiversité comme atout, tout en respectant les engagements climatiques pris dans le cadre de l’initiative CPF.
Pour des analystes, cette stratégie reste tributaire d’un calendrier politique apaisé. «L’environnement reste favorable tant que le pays évite les surprises institutionnelles», avance un chercheur du Laboratoire d’analyse des sociétés africaines. L’importance accordée à la régularité électorale apparaît comme levier pour l’image financière.
Scénarios institutionnels pour mars 2026
À quatre cents jours du scrutin, aucun candidat majeur n’a officialisé ses intentions. La Constitution permet au président sortant de briguer un cinquième mandat, mais Denis Sassou-Nguesso ne dévoile rien, laissant ses partisans occuper l’espace et ses détracteurs spéculer sur ses calculs.
Le Conseil constitutionnel, sollicité par des juristes, a rappelé récemment que l’âge et la durée de mandat autorisaient une nouvelle candidature. Cette clarification a clos un débat juridique né lors du précédent cycle, même si l’opposition continue de plaider pour une alternance qualifiée de «salutaire».
À l’intérieur du PCT, plusieurs cadres souhaitent une annonce rapide afin de structurer les comités de campagne. D’autres estiment qu’entretenir le suspense renforce la posture d’arbitre au-dessus de la mêlée et permet au chef de l’État de se concentrer sur les dossiers sectoriels.
Dans l’immédiat, le pouvoir parie sur la continuité pour solidifier sa base. Les prochains mois seront rythmés par d’autres inaugurations, des consultations nationales et la finalisation du budget 2026. Autant d’échéances qui, sans prononcer le mot campagne, façonneront déjà le décor de la présidentielle.
À Ouesso, une habitante confie apprécier «la constance» du programme présidentiel, mais souhaiter «davantage d’emplois pour les jeunes». Ce double impératif – poursuite des infrastructures et insertion professionnelle – apparaît désormais comme l’enjeu central qui pourrait faire basculer l’opinion en 2026.
