Réforme statistique inédite
L’Institut national de la statistique vient de lancer la construction d’un registre national des entreprises, appuyé par la Banque mondiale. L’initiative, attendue de longue date, promet de doter la République du Congo d’une infrastructure numérique stratégique pour son économie.
Inscrite dans le programme HISWACA – Série de projet n°2, la réforme doit améliorer la qualité des statistiques publiques et offrir aux décideurs un tableau dynamique de la démographie des sociétés, des micro-entreprises aux grands groupes.
Une cartographie complète du tissu productif
À ce jour, aucun répertoire vivant ne retrace la naissance, les mutations ou la disparition des entités économiques congolaises. Cette absence complique la planification budgétaire et le ciblage des incitations destinées à renforcer l’attractivité du territoire.
Le futur registre, décrit comme le cœur du Système intégré de statistiques d’entreprises, recensera toutes les structures exerçant une activité légale et formelle, de Pointe-Noire à Ouesso. L’objectif est d’obtenir des indicateurs couvrant secteur, taille, localisation, forme juridique et chiffre d’affaires.
En dotant l’État d’une telle cartographie, l’INS espère affiner le suivi des politiques fiscales, mesurer l’impact des réformes et alimenter les négociations avec les bailleurs de fonds sur une base factuelle, actualisée chaque année.
Synergie entre État, partenaires et secteur privé
La conduite du projet relève du ministère de l’Économie, du Plan et de l’Intégration régionale, qui confie à l’INS la maîtrise d’ouvrage. La Banque mondiale apporte l’appui financier et mobilise des experts techniques pour sécuriser la méthodologie.
Les Chambres de commerce, la BEAC, les administrations fiscales, mais aussi des partenaires tels qu’AFRISTAT et l’INSEE, sont associés. Cette gouvernance élargie vise à éviter les doublons, harmoniser les nomenclatures et garantir l’adhésion du secteur privé.
L’INS s’appuie sur l’héritage du Recensement général des entreprises mené en 2020. Ce travail de terrain avait répertorié près de 55 000 unités et posé les premiers jalons du système TIGRE, le futur réceptacle du registre.
Selon un cadre de l’institution, « la valeur d’un chiffre tient à sa fraîcheur ». Le projet prévoit donc des passerelles automatiques avec les bases des impôts ou de la sécurité sociale, afin de capter immédiatement toute évolution statutaire.
Qualité, sécurité et transparence des données
Un module de contrôle de qualité automatisé écartera les doublons et signalera les incohérences. Les statisticiens auront la capacité de suivre en temps réel l’avancement de la collecte, ce qui réduira les délais de diffusion des tableaux de bord.
La protection des informations confidentielles reste centrale. Des protocoles de cryptage et un hébergement souverain au sein de la salle blanche de l’INS limiteront tout risque d’intrusion, conformément à la loi sur la cybersécurité adoptée en 2022.
Calendrier accéléré sur 76 jours
Le calendrier opérationnel se veut resserré : sept phases concentrées sur soixante-seize jours. Quatre statisticiens seront formés à Nantes auprès de l’école du data management de l’INSEE avant de transférer leurs compétences à leurs collègues à Brazzaville.
Des ateliers techniques sont programmés pour paramétrer les nomenclatures d’activité, finaliser les protocoles de collecte et valider la structure de la base. Les institutions sectorielles devront fournir des listes mises à jour des licenciés, agrées ou assujettis.
La collecte terrain mobilisera une équipe restreinte mais équipée de tablettes sécurisées. Grâce à la géolocalisation, chaque établissement sera associé à des coordonnées précises, ouvrant la voie à des analyses spatiales inédites sur la répartition des activités.
Des bénéfices attendus pour la croissance
Une première version du répertoire sera livrée avant la fin du chronogramme, puis intégrée au système TIGRE. L’INS procédera à des mises à jour annuelles, essentielles pour maintenir la confiance des utilisateurs et répondre aux standards internationaux.
Pour les pouvoirs publics, le registre deviendra un tableau de bord de la fiscalité. Il permettra de détecter l’évasion, d’élargir l’assiette et d’évaluer l’efficacité des exonérations accordées aux secteurs stratégiques comme les télécoms ou l’agro-industrie.
Les investisseurs, eux, disposeront d’un instrument transparent pour jauger la profondeur des marchés, identifier des partenaires fiables et quantifier la concurrence. « La data devient la nouvelle frontière de la compétitivité », rappelle un consultant basé à Pointe-Noire.
Le milieu académique y voit aussi un gisement de connaissances. Les économistes pourront suivre la mortalité des entreprises, tandis que les géographes analyseront les dynamiques de polarisation autour des grandes agglomérations ou des corridors routiers.
Les incubateurs et pépinières de start-up, qui se multiplient à Brazzaville et Dolisie, saluent la démarche. Ils misent sur l’accès à des indicateurs sectoriels pour calibrer leurs programmes d’accompagnement et démontrer l’impact de la nouvelle génération d’entrepreneurs.
Un levier de gouvernance économique
À terme, l’intégration du registre avec les plateformes régionales de la CEMAC pourrait faciliter la comparaison des performances entre pays. Le Congo consoliderait ainsi sa position d’acteur proactif dans la modernisation de l’information économique en Afrique centrale.
Le chantier révèle surtout une ambition gouvernementale plus large : faire des données un levier de gouvernance. En dotant l’INS de moyens renforcés, les autorités entendent nourrir la diversification de l’économie par des décisions fondées sur des faits.
