Une étape historique pour le Renouveau charismatique
Du 4 au 6 novembre 2025, la paroisse Saint-Michel de Madingou, au cœur du diocèse de Nkayi, a réuni responsables et fidèles du Renouveau charismatique catholique venus de presque tout le Congo-Brazzaville. À l’issue de trois jours de prière et de débats, un Service national de communion a vu le jour.
L’événement, longuement espéré par les animateurs laïcs, répond aux orientations de la Conférence épiscopale du Congo et aux directives internationales de CHARIS. Il marque une nouvelle organisation pour ce courant spirituel, né il y a plus d’un demi-siècle et désormais structuré à l’échelle du pays.
Pour Mgr Abel Liluala, archevêque de Pointe-Noire, « c’est une étape de maturité qui donnera au Renouveau charismatique l’élan nécessaire pour servir au mieux les communautés paroissiales ». Sa présence, aux côtés de Mgr Daniel Mizonzo, a souligné la confiance de l’épiscopat envers ce réseau dynamique.
Madingou, carrefour spirituel national
Pavillons décorés, chœurs vibrants et clochettes liturgiques ont donné au site de Saint-Michel un air de kermesse spirituelle. Quatre cent cinquante délégués, prêtres, religieuses et laïcs de treize diocèses ont partagé moments de louange, veillées de guérison et ateliers de formation sur la synodalité.
Les délégations de Kinkala, Gamboma et Impfondo manquaient toutefois à l’appel, rappelant les défis logistiques que peut poser l’immensité du territoire national. Les organisateurs ont promis d’initier, dès 2026, des visites pastorales ciblées pour intégrer ces communautés dans la nouvelle dynamique.
Le programme alternait célébrations eucharistiques, adorations silencieuses et conférences. « Nous voulions conjuguer verticalité de la prière et horizontalité de la fraternité », explique l’abbé Célestin Mavoungou, aumônier national, persuadé que cette alchimie spirituelle consolide l’engagement missionnaire des participants.
Un Service national de communion inédit
Point d’orgue de l’assemblée, la création du Service national de communion, ou SNC, répond aux recommandations n°015/CEC/CELA/CNALC/BENAL-2024. Inspiré des structures déjà actives dans d’autres pays d’Afrique centrale, ce conseil veut fédérer initiatives diocésaines et ressources humaines autour d’un calendrier commun.
À l’issue d’un scrutin conduit sous l’œil vigilant du Conseil national de l’apostolat des laïcs, Mme Georgette Makosso a été élue bergère nationale. Cette laïque de Brazzaville, reconnue pour sa pédagogie, sera secondée par onze collaborateurs chargés notamment de la liturgie, de la jeunesse et de la solidarité.
Le mandat de trois ans donné au SNC inclut l’élaboration d’outils de formation, l’accompagnement des diocèses en difficulté et la facilitation de rencontres inter-mouvements. « Nous travaillerons dans l’esprit du Pape François sur la proximité et l’écoute », assure la nouvelle responsable, qui prévoit déjà des sessions itinérantes.
Un scrutin ecclésial sous signe d’unité
Le processus électoral, préparé depuis des mois, s’est voulu exemplaire. Chaque diocèse disposait d’un nombre de voix proportionnel à ses communautés de prière, et les bulletins étaient dépouillés en présence d’observateurs laïcs. Aucun recours n’a été enregistré, signe d’une confiance partagée.
Cette sérénité tranche avec certaines tensions vécues par le passé dans des structures paroissiales. « Nous avons appris à dialoguer avant de voter », confie Thérèse Okiélé, déléguée de Dolisie. Pour elle, la méthode pourrait inspirer d’autres instances ecclésiales engagées dans des réformes organisationnelles.
Les évêques présents ont salué la maturité des laïcs et appelé à poursuivre ce modèle consensuel. Ils ont également rappelé que la mission première reste l’évangélisation, notamment auprès des jeunes citadins souvent éloignés de la pratique sacramentelle.
Défis et perspectives des trois prochaines années
La feuille de route adoptée à Madingou place la formation théologique au premier rang. Le SNC prévoit d’harmoniser les modules existants et de lancer un certificat en catéchèse charismatique, en partenariat avec l’Institut Saint-Augustin de Brazzaville, afin de garantir une doctrine solide.
Autre chantier, la solidarité interdiocésaine. Un fonds sera alimenté par les grandes paroisses pour soutenir les communautés plus isolées des Plateaux et de la Likouala. Cette approche rejoint l’appel officiel de l’Église au partage et à la fraternité, dans un contexte économique encore fragilisé.
Enfin, le Renouveau charismatique veut renforcer son dialogue œcuménique. Des rencontres trimestrielles avec les Églises évangéliques sont programmées à Pointe-Noire et Oyo. L’objectif affiché est de « témoigner ensemble de la joie de l’Évangile » et de prévenir tout prosélytisme agressif.
Au sortir de la messe d’action de grâces, les délégués ont repris la route, bénédiction en poche et agenda chargé. Beaucoup saluent un tournant décisif, persuadés que la création du SNC donnera un rayonnement nouveau au Congo-Brazzaville dans la grande famille charismatique mondiale.
Les spécialistes de sociologie religieuse notent que le mouvement séduit une génération en quête de rites expressifs. La mise en réseau nationale pourrait servir de laboratoire pour d’autres mouvements laïcs, notamment ceux engagés dans la promotion de la famille ou la sauvegarde de l’environnement.
À court terme, la priorité sera déjà de publier un vade-mecum administratif afin de clarifier les relations entre SNC, diocèses et paroisses. Un secrétariat permanent, basé à Brazzaville, centralisera statistiques, formations et communication digitale pour plus de lisibilité auprès des fidèles et des responsables.
