Un investissement d’un million d’euros
Vendredi 19 décembre 2025, au siège de la Fondation BantuHub à Brazzaville, une annonce a fait vibrer l’écosystème entrepreneurial congolais : l’organisation et le groupe d’investissement L’Archer uniront leurs forces pour injecter un million d’euros dans les jeunes pousses locales en 2026.
La somme équivaut à près de 655 millions de francs CFA, un volume rarement mobilisé sous forme de fonds propres pour des entreprises en démarrage au Congo-Brazzaville, et qui témoigne d’une confiance solide dans la capacité du pays à faire éclore des champions régionaux.
Le partenariat se veut plus qu’un simple apport financier ; il entend poser les fondations d’un écosystème durable, articulé autour d’un financement patient, d’un accompagnement opérationnel intensif et de passerelles vers des réseaux d’expertise locaux, sous-régionaux et internationaux.
Synergies entre BantuHub et L’Archer
BantuHub n’en est pas à son coup d’essai. Ces dernières années, la fondation a épaulé Day Enterprise dans l’agrobusiness et Tinda dans l’ingénierie digitale, affinant au passage une méthodologie d’appui adaptée aux réalités logistiques, réglementaires et culturelles du marché congolais.
En rejoignant l’aventure, le groupe L’Archer apporte une expertise de structuration financière connue dans toute la CEMAC : ingénierie de dettes, levées de fonds et mise en place de gouvernances solides, compétences déjà éprouvées lors d’opérations totalisant plus de 4,5 milliards d’euros.
Le trio capital, accompagnement et réseau constitue la matrice de ce programme. Les porteurs de projet bénéficieront d’une entrée au capital dès la phase d’idéation, d’un suivi stratégique permanent et d’un accès accéléré aux investisseurs, aux grands comptes et aux administrations susceptibles d’acheter ou de co-développer leurs solutions.
Un parcours d’incubation de 24 mois
Le dispositif débutera officiellement au premier trimestre 2026 avec l’annonce attendue de la première startup sélectionnée. Chaque promotion sera volontairement restreinte afin de garantir un accompagnement personnalisé, proche des standards des grands accélérateurs internationaux.
Durant vingt-quatre mois, les fondateurs recevront des ateliers spécialisés, un mentorat sectoriel et une mise à disposition d’outils technologiques modernes. Les expertises en finance, marketing digital, conformité et gouvernance seront mutualisées pour accélérer la courbe d’apprentissage des équipes.
Le financement, versé par tranches après atteinte de jalons précis, préservera la dilution des entrepreneurs tout en responsabilisant chaque étape du projet. Ce mécanisme d’investissement patient se veut aligné sur la création de valeur à long terme plutôt que sur un retour rapide.
Des secteurs stratégiques pour le Congo
Les domaines ciblés reflètent les priorités nationales : fintech pour soutenir l’inclusion financière, intelligence artificielle pour moderniser les services, et solutions B2B orientées productivité pour les entreprises et administrations. Ces segments présentent un effet multiplicateur fort sur la croissance et l’emploi qualifié.
Le choix d’investir dans ces niches découle aussi des succès récents de startups congolaises qui ont prouvé la viabilité de modèles digitaux même dans un environnement d’infrastructures parfois contraignant. L’objectif est désormais de passer de succès isolés à l’émergence d’une génération structurée d’acteurs technologiques.
« Le Congo regorge de talents ; notre rôle est de leur ouvrir des portes et de les aider à convertir leurs idées en entreprises pérennes », déclare Vérone Mankou, président de BantuHub, convaincu que la jeunesse pourra ainsi répondre à nombre de défis socio-économiques.
Gilles Tchamba, président-directeur général de L’Archer, insiste pour sa part sur la logique de long terme : « Nous nous plaçons au service de l’économie réelle, avec une patience et des standards de gouvernance qui permettront à ces sociétés de rivaliser à l’échelle continentale ».
Vers un modèle réplicable en CEMAC
Si l’accord vise d’abord le marché congolais, ses concepteurs réfléchissent déjà à une extension dans d’autres capitales de la CEMAC, voire dans la diaspora. La feuille de route prévoit d’analyser les retombées puis d’industrialiser la méthode d’incubation là où les conditions le permettront.
Cette ambition régionale s’aligne avec les orientations de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui encourage la circulation des compétences et des capitaux. En consolidant l’étape congolaise, BantuHub et L’Archer espèrent démontrer la pertinence d’un financement local ancré dans les réalités culturelles.
D’après plusieurs analystes basés à Douala et Libreville, la rareté d’investissements en capital-risque en Afrique centrale freine l’innovation. Le mouvement initié à Brazzaville pourrait donc déclencher un effet d’entraînement, y compris auprès de bailleurs internationaux souvent concentrés sur l’Afrique de l’Est.
Au-delà de la dimension économique, le programme vise aussi à nourrir une fierté nationale. Voir des entreprises nées à Brazzaville conquérir le marché sous-régional contribuerait à renforcer l’attractivité du Congo-Brazzaville, conformément à la vision de développement portée par les autorités.
Les observateurs du secteur attendent maintenant la publication du calendrier détaillé, des critères de sélection et, surtout, les premiers contrats signés. Les projecteurs seront braqués sur les jeunes entrepreneurs congolais, dont le succès bâtira la crédibilité du modèle auprès des investisseurs institutionnels.
