Une remise de certificats très attendue
A l’Institut français du Congo, les applaudissements ont résonné lorsque Nilson Torben, chargé d’affaires par intérim de la Délégation de l’Union européenne au Congo, a appelé les vingt lauréats du programme « Toza Bilengé » à recevoir leurs certificats de distinction.
La cérémonie, organisée le 11 décembre 2025, s’est déroulée dans une atmosphère à la fois solennelle et décontractée, reflet de la complicité née entre les jeunes participants et l’équipe Europe qui les a accompagnés durant dix mois.
Aux premiers rangs, Mi-Christ Kaba Mboko du Conseil consultatif de la jeunesse et Marian Reache, chef de projet, observaient avec satisfaction les sourires qui confirmaient le succès d’une initiative pensée comme un laboratoire d’idéation collective.
Un pont entre l’UE et la jeunesse congolaise
Annoncé en février 2025, « Toza Bilengé » visait à instaurer un dialogue régulier entre la représentation européenne à Brazzaville et de jeunes Congolais issus de secteurs variés, de l’entrepreneuriat culturel à la promotion des droits humains.
Selon Nilson Torben, cette première cohorte devait « ouvrir une porte et non refermer un cycle », traduisant la volonté de l’Union européenne de partager son expérience tout en s’inspirant des solutions proposées par la nouvelle génération congolaise.
Dix mois d’apprentissage intensif
De février à décembre, les vingt conseillers juniors ont découvert la mécanique institutionnelle de l’UE, échangé avec des diplomates en poste à Brazzaville et suivi des ateliers sur la négociation, la communication stratégique et la gestion de projet orientée impact social.
Les échanges ne se sont pas limités aux salles de réunion ; des visites de terrain ont emmené le groupe dans des start-up, des fermes urbaines et des organisations communautaires où s’expérimentent des réponses locales aux défis économiques et environnementaux.
Chaque activité était suivie d’un débriefing, exercice apprécié par Natholie Ngouanga, juriste spécialisée dans la lutte contre les violences basées sur le genre, qui dit être sortie « mieux armée pour défendre les droits des femmes dans sa ville de Pointe-Noire ».
Des initiatives ancrées dans la société
Pour valider leur parcours, les participants devaient concevoir un projet collectif reflétant les valeurs européennes et les priorités congolaises, d’où une mosaïque d’actions alliant culture, écologie et inclusion.
La « Fresque du climat » réalisée au lycée Chaminade a mobilisé élèves et enseignants autour d’une représentation visuelle des causes du réchauffement, tandis qu’un concours de poésie a mis en lumière quinze textes célébrant la résilience des femmes congolaises.
Un débat public organisé à l’IFC autour du film « Dahomey » a permis d’interroger la question du patrimoine africain restitué, sujet qui trouve un écho particulier au Congo-Brazzaville où de nombreuses communautés s’investissent dans la préservation de leurs artefacts.
Des impacts au-delà des murs de l’IFC
Le podcast « Toza Bilengé », diffusé sur les plateformes de streaming locales, aborde l’art comme vecteur de santé mentale et de droits des jeunes, donnant la parole à des graffeurs, psychologues et responsables associatifs.
Grâce au soutien logistique de la Délégation de l’UE, plusieurs conseillers ont participé aux Rencontres des entrepreneurs francophones à Paris et au Forum mondial de l’économie sociale et solidaire à Bordeaux, espaces propices pour affiner leur plaidoyer et étoffer leur carnet d’adresses.
L’écho médiatique de ces déplacements a renforcé la visibilité des jeunes ambassadeurs, suscitant des invitations dans des radios communautaires de Pointe-Noire à Ouesso pour expliquer la notion d’économie solidaire ou présenter les engagements climatiques portés par la jeunesse.
Cap sur une seconde promotion en 2026
Conscient que la dynamique pourrait s’essouffler faute de relais, Nilson Torben a dévoilé son intention de lancer une deuxième cohorte dès 2026 afin de « solidifier l’élan et faire émerger un réseau intergénérationnel entre anciens et nouveaux participants ».
Les modalités pratiques seront précisées dans les prochains mois, mais le chargé d’affaires a laissé entendre que la future sélection s’ouvrira davantage aux zones rurales, élargissant ainsi le cercle de la coopération à des jeunes souvent éloignés des capitales administratives.
Des voix jeunes pour un partenariat renouvelé
Interrogée à l’issue de la remise des certificats, Natholie Ngouanga a appelé ses pairs à demeurer « ouverts, créatifs et ancrés dans leurs communautés », rappelant que le diplôme reçu n’est qu’un point de départ vers une citoyenneté plus participative.
Mi-Christ Kaba Mboko voit dans ce programme un complément au Conseil consultatif de la jeunesse, estimant que la présence de partenaires internationaux crédibilise les propositions formulées, qu’il s’agisse d’accès au numérique ou de promotion des énergies propres.
En filigrane, la Délégation de l’UE cherche aussi à renforcer son image d’acteur engagé auprès des citoyens, stratégie qui trouve un terrain favorable dans le Congo-Brazzaville du dialogue et de la valorisation de la jeunesse promue par les autorités nationales.
Après l’ultime photo de famille, les certificats fièrement brandis, il ne restait qu’à sceller un pacte implicite : celui d’une coopération qui, au-delà des mots, comptera sur les idées fraîches de l’élite émergente pour nourrir le partenariat UE-Congo.
La deuxième cohorte aura donc la lourde tâche de consolider les acquis, tout en inscrivant l’exercice dans la durée institutionnelle culturelle nationale.
