Une cérémonie d’accréditation hautement symbolique
Dans les salons feutrés du palais du peuple, à Brazzaville, le chef de l’État Denis Sassou N’Guesso a reçu, le 22 décembre, trois diplomates venus remettre leurs lettres de créance, étape obligatoire donnant le plein effet juridique à leur mission en République du Congo.
L’événement, aussi protocolaire qu’attendu, illustre la continuité de la diplomatie congolaise, soucieuse d’entretenir des liens équilibrés avec ses voisins immédiats et des partenaires plus lointains, en misant sur la stabilité institutionnelle qui caractérise Brazzaville depuis plusieurs décennies.
Le ministère congolais des Affaires étrangères avait minutieusement préparé l’accueil, mobilisant un détachement de la garde républicaine et un orchestre militaire, scène qui rappelle l’importance accordée au cérémonial pour signifier, à la fois, le respect de la souveraineté et l’ouverture vers le dialogue.
Au-delà du rituel, la remise des agréments matérialise la volonté convergente des gouvernements gabonais, namibien et éthiopien de diversifier la coopération bilatérale, qu’il s’agisse d’échanges commerciaux, d’investissements croisés, d’appuis multiformes à la formation ou encore de partenariats culturels.
Le Gabon mise sur l’expertise de Mathurin Boungou
Premier à franchir le tapis rouge, le Gabonais Mathurin Boungou est réputé pour sa rigueur de magistrat hors hiérarchie, façonnée par plus de trois décennies au sommet de l’appareil judiciaire de Libreville, des cabinets d’instruction aux chambres d’accusation.
Sa nomination à Brazzaville, après avoir dirigé l’Agence judiciaire du Trésor puis exercé comme directeur général adjoint de l’Agence judiciaire du Congo, témoigne d’une double expertise, juridique et administrative, que Libreville souhaite mettre au service de projets transfrontaliers.
Interrogé à l’issue de la cérémonie, le diplomate a dit vouloir « raffermir des liens historiques et fraternels, notamment dans les secteurs de la justice, du transport fluvial et de l’énergie, où nos deux pays partagent des enjeux convergents ».
Les autorités congolaises voient dans son profil un atout pour fluidifier les dossiers juridiques transfrontaliers, du recouvrement des créances publiques aux litiges commerciaux, sujets parfois sensibles mais essentiels pour créer un climat d’affaires rassurant pour les opérateurs régionaux.
La Namibie accélère sa coopération bilatérale
Le passage suivant revient à Hopelong Uushona Iipinge, nouveau visage de la Namibie au Congo et détenteur d’une longue expérience militaire et civile, nourrie par une formation en relations internationales aux Îles Vierges britanniques et en stratégie civilo-militaire en Floride.
Âgé de soixante-huit ans, père de six enfants, l’ambassadeur incarne la génération des hauts fonctionnaires qui ont accompagné l’essor de Windhoek depuis l’indépendance, notamment à travers le suivi des anciens combattants dont il était récemment le secrétaire général.
À Brazzaville, Hopelong Iipinge entend « injecter un souffle nouveau dans la feuille de route qui englobe agriculture, tourisme et programmes de jeunesse », confirmant ainsi la volonté des deux capitales de faire converger leurs plans de développement inclusif.
Windhoek et Brazzaville misent également sur la coopération dans la gestion durable de la faune, les deux pays abritant des écosystèmes fragiles et attractifs pour l’écotourisme, secteur susceptible de générer des emplois ruraux et de renforcer l’image verte de la sous-région.
L’Éthiopie déploie un ambassadeur multitâches
Dernier diplomate à présenter ses lettres, l’Éthiopien Mesfin Gebremaria Shawo exerce déjà à Kigali avec accréditation non résidente à Brazzaville, configuration fréquente au sein de la diplomatie africaine visant à optimiser les ressources tout en couvrant plusieurs pays stratégiques.
Diplômé de l’Université d’Addis-Abeba puis de l’Université du Pendjabi, il a gravi les échelons du ministère éthiopien des Affaires étrangères, passant de l’analyse politique à la promotion des investissements, un parcours apprécié pour ses résultats tangibles dans la Corne de l’Afrique.
Au Congo, sa feuille de route met l’accent sur le commerce Sud-Sud, la facilitation des visas et le partage d’expertise dans les énergies renouvelables, des domaines jugés prioritaires par Addis-Abeba et susceptibles d’attirer de nouveaux capitaux vers les zones économiques spéciales congolaises.
Perspectives d’une diplomatie économique renforcée
Avec ces trois accréditations simultanées, Brazzaville réaffirme son positionnement comme hub diplomatique en Afrique centrale, profitant de son appartenance à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, mais aussi de sa proximité logistique avec le fleuve Congo.
Les nouvelles équipes diplomatiques devront, selon plusieurs sources internes, poursuivre le dialogue économique relancé autour de la Zone de libre-échange continentale africaine, en traduisant les accords cadres en projets concrets pour les entreprises, les start-ups et les centres de recherche.
À court terme, l’agenda partagé inclut la préparation de commissions mixtes et d’expositions commerciales, indicateurs d’une diplomatie congolaise tournée vers la création de valeur ajoutée et la circulation des talents, dans un climat politique que les partenaires étrangers savent désormais prévisible.
À moyen terme, les observateurs anticipent que les trois ambassadeurs pourraient porter un plaidoyer commun pour l’amélioration de la connectivité aérienne et numérique, considérant que la réduction des distances, physiques comme virtuelles, constitue désormais un catalyseur incontournable de la compétitivité continentale.
Le suivi régulier de cet agenda sera scruté par les milieux d’affaires, convaincus que la diplomatie économique est devenue un moteur essentiel de la relance post-pétrole.
