Un protocole bilatéral ambitieux
La salle du Goethe-Zentrum de Brazzaville a pris des airs de fête lorsque les certificats ont été remis, le 27 novembre. L’événement clôturait le projet né du protocole signé en 2021 par le ministère congolais de l’Enseignement, l’ambassade d’Allemagne et le Goethe-Institut.
L’accord visait à répondre à une demande croissante d’enseignants qualifiés en allemand dans les lycées et collèges publics. Cinq bourses complètes avaient été attribuées, couvrant frais universitaires, hébergement, voyages et matériel pédagogique, afin d’assurer une formation sans compromis sur la qualité.
Quatre ans d’immersion et d’exigence
Ropha Prince Harmelin Baleketa, Jordy Gurvitch Bola et Monik François Tsounga Mayela ont d’abord intégré l’École normale supérieure de Yaoundé pour un tronc commun linguistique rigoureux. Une année supplémentaire à l’université de Yaoundé I a consolidé leur licence et ouvert les portes des premiers stages.
Les jeunes boursiers ont ensuite enchaîné observations de classes dans plusieurs établissements camerounais et séminaires « Deutsch Lehren Lernen ». Ce label, reconnu à l’international, exige une parfaite maîtrise de la langue et des techniques d’enseignement interactives, centrées sur l’apprenant.
Une immersion culturelle de plusieurs mois en Allemagne a complété le dispositif. Entre laboratoires de phonétique, visites d’écoles et découverte de la vie associative, ils ont expérimenté un quotidien germanophone qui, selon eux, « a transformé la simple étude en expérience de vie complète ».
L’allemand, passerelle culturelle et économique
Dans son allocution, la première conseillère de l’ambassade d’Allemagne, Vera Clemens, a rappelé que la langue de Goethe demeure un atout dans l’espace scientifique, industriel et culturel. Elle a souligné que près de 100 millions de locuteurs natifs en Europe offrent un marché professionnel non négligeable.
Pour la diplomate, la maîtrise de l’allemand renforcera l’ouverture du Congo-Brazzaville vers de nouveaux partenariats universitaires et techniques. « Apprendre une langue élargit les horizons et façonne le regard », a-t-elle insisté, saluant « la passion et la ténacité » des lauréats.
Des compétences pédagogiques attendues au pays
Le représentant du MEPSA a félicité les diplômés avant de rappeler les attentes. Les trois lauréats seront affectés dans des établissements publics afin d’épauler les équipes existantes et de diffuser des pratiques pédagogiques innovantes, fondées sur la communication et l’usage du numérique.
Grâce à leur niveau C1, ils pourront proposer des ateliers de conversation, encadrer des clubs culturels et accompagner la préparation des examens. Leur retour coïncide avec la révision des programmes de langues vivantes, un chantier prioritaire pour améliorer l’employabilité des jeunes Congolais.
Un signal fort pour la coopération éducative
Ilka Seltmann, représentante du Goethe-Institut Kamerun, a rappelé qu’au lancement du projet, les candidats peinaient à aligner quelques phrases en allemand. « L’objectif semblait lointain, mais ils ont fait mentir les pronostics », a-t-elle confié, soulignant la valeur d’exemple pour d’autres futurs enseignants.
Au-delà des diplômes, le programme illustre la confiance mutuelle entre Brazzaville et Berlin dans le domaine de l’éducation. L’appui technique allemand complète les priorités nationales en matière de formation initiale des enseignants et de professionnalisation des pratiques.
Perspectives et responsabilité citoyenne
Dans un message collectif, les diplômés se sont dits « prêts à former, prêts à inspirer ». Ils entendent valoriser la rigueur germanique tout en l’adaptant au contexte local, conscients que la langue ne se diffuse durablement qu’à travers des méthodes inclusives et motivantes.
Leurs premiers pas dans les lycées congolais seront scrutés par les élèves, les parents et l’administration. Si le succès est au rendez-vous, le MEPSA envisage déjà une deuxième cohorte de boursiers. Pour les trois enseignants, la meilleure réponse consiste à faire vivre chaque jour leur devise : « Bildung ist der Schlüssel zur Zukunft ».
