Une élimination au goût amer
Les Aigles de Carthage ont quitté la Coupe d’Afrique des nations 2025 au stade des huitièmes de finale, défaits par le Mali aux tirs au but après un nul 1-1 prolongé. Un revers brutal qui a immédiatement déclenché une crise à Tunis.
L’élimination, survenue samedi soir dans le bouillonnant Grand Stade de Casablanca, a pris de court des supporters persuadés que la dynamique de groupe, entamée par un succès convaincant contre l’Ouganda, pouvait propulser leur équipe dans le dernier carré continental.
Au lieu de cela, la séance de penalties a exposé fragilités techniques, crispation mentale et manque de profondeur collective, trois failles pointées depuis la phase de groupes et désormais placées au centre du débat national sur la gouvernance sportive.
La décision de la FTF
Face à la contestation, la Fédération tunisienne de football a choisi la voie expéditive. Moins de vingt-quatre heures après la défaite, un communiqué laconique annonçait la rupture « de commun accord » du contrat liant Sami Trabelsi et l’ensemble de son staff.
Le technicien, ancien défenseur emblématique, n’aura tenu que quelques mois à la tête d’une sélection qui cherchait à renouveler son souffle après plusieurs campagnes jugées irrégulières. Son bilan comptable reste équilibré, mais la symbolique de l’échec marocain l’a relégué au rang de fusible.
Dans les couloirs du siège fédéral, l’argument d’une résiliation amiable vise à préserver les apparences et à éviter une longue bataille contractuelle. Aucune précision n’a filtré sur une éventuelle indemnité de rupture ni sur le calendrier de nomination d’un remplaçant.
Un parcours contrasté au Maroc
La Tunisie avait démarré sa phase de poules par une victoire 3-1 convaincante sur l’Ouganda, profitant d’une animation offensive fluide et d’un pressing haut salué par les observateurs. L’enthousiasme né de ce succès a toutefois rapidement laissé place au doute.
Le deuxième match, perdu 3-2 face au Nigeria, a révélé des replis défensifs tardifs et une vulnérabilité sur coups de pied arrêtés. Un nul 1-1 contre la Tanzanie, lors de la dernière journée, a confirmé la difficulté à imposer un tempo constant.
En huitièmes, l’ouverture du score tunisienne aurait pu changer le scénario. L’expulsion rapide d’un joueur malien semblait lever les verrous, mais les Aigles se sont repliés, laissant revenir l’adversaire avant de céder psychologiquement lors de la fatidique séance de tirs au but.
Colère populaire et tourbillon médiatique
Dans les cafés de Tunis, les discussions se sont prolongées tard dans la nuit. Beaucoup dénoncent un manque de caractère, d’autres pointent la gestion tactique. Le quotidien gouvernemental La Presse a parlé d’un « gachis flagrant » tandis que les réseaux sociaux regorgent de montages ironiques.
Le président de la FTF, pressé par la rue, devait aussi composer avec des critiques internes concernant la préparation physique et le choix des sparring-partners avant le tournoi. La défaite a servi de catalyseur à un malaise latent mis en sourdine depuis plusieurs mois.
Pour de nombreux anciens internationaux, l’épisode rappelle la fragilité structurelle d’un modèle sportif souvent tributaire du résultat immédiat. « On confond projet et réaction épidermique », résume un ex-capitaine, estimant que le départ express de Trabelsi ne réglera pas à lui seul les insuffisances.
Le souvenir de 2004 toujours présent
Depuis le sacre de 2004 remporté à domicile, chaque génération tunisienne porte le fardeau d’une comparaison incessante. Les éliminations successives nourrissent un sentiment d’urgence collective, accentué par la montée en puissance de voisins maghrébins comme le Maroc ou l’Algérie sur la scène continentale.
Le contraste avec 2004 pèse aussi sur les décideurs politiques, soucieux de préserver un vecteur d’unité nationale. Sans remettre en cause l’autonomie de la FTF, plusieurs voix au Parlement plaident pour une révision des mécanismes de financement et de contrôle des sélections nationales.
Pour l’instant, c’est l’urgence sportive qui dicte l’agenda. Les qualifications pour la prochaine Coupe du monde débutent dans quelques mois et la fédération doit boucler rapidement un profil susceptible de rallier le vestiaire, le public et les partenaires institutionnels.
Quelle succession pour Sami Trabelsi ?
Aucune short-list officielle n’a filtré, mais les rumeurs citent aussi bien des techniciens locaux que des profils étrangers réputés pour leur rigueur défensive. La FTF insiste sur la nécessité d’un sélectionneur « pédagogue », capable d’accompagner la transition générationnelle amorcée depuis deux ans.
Les joueurs, de leur côté, ont publié un message collectif remerciant Trabelsi pour « son engagement et sa proximité ». Certains cadres disent assumer leur part de responsabilité. L’enjeu sera de convertir cette introspection en dynamique de groupe avant le prochain rassemblement.
Au-delà du Maghreb, le feuilleton intéresse toute l’Afrique francophone. Du Congo-Brazzaville au Sénégal, les observateurs soulignent que la rapidité de décision tunisienne illustre les exigences nouvelles du football moderne, où la gestion sportive sert aussi d’indicateur de stabilité institutionnelle et d’ambition nationale.
La fédération a promis une consultation élargie aux anciens joueurs, au staff médical et aux clubs pour bâtir une feuille de route actualisée.
