Un Congrès très attendu par la base
Douze ans après ses dernières assises, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale a tenu son 2e congrès ordinaire à Brazzaville, du 20 au 22 novembre 2025, rassemblant 1 225 délégués venus des douze départements de la République du Congo.
Repoussé à plusieurs reprises depuis 2007, l’événement était attendu comme un moment de clarification doctrinale et de relance organisationnelle pour le parti fondé par l’ancien président Pascal Lissouba.
Sous la vaste bâche du palais des congrès, les débats ont alterné comptes rendus départementaux, travaux en commissions et séances plénières, dévoilant une base militante avide de réformes mais soucieuse de préserver l’ADN social-démocrate du mouvement.
Un vote sans suspense mais riche de symboles
Point d’orgue des assises, l’élection du président du Conseil national, organe exécutif central, a vu l’ancien Premier secrétaire Pascal Tsaty Mabiala recueillir une majorité large, confirmant une trajectoire forgée dans l’opposition parlementaire depuis plus d’une décennie.
Le scrutin a opposé Tsaty Mabiala à Victor Nzamba, autre figure historique, dans une atmosphère décrite par plusieurs observateurs comme courtoise et méthodique, loin des anicroches qui marquèrent certaines primaires passées.
À l’issue du vote, le nouveau président a salué un « moment intense de bonheur et de fierté », estimant que l’UPADS continuait à donner « le son de la démocratie » à la classe politique congolaise.
Le tandem Tsaty Mabiala-Lissouba aux commandes
Conformément aux statuts révisés, Pascal Tsaty Mabiala a proposé que Jérémy Lissouba devienne Secrétaire général, proposition approuvée à main levée par le nouveau Conseil national, signe d’un consensus interne voulu comme gage de stabilité.
Petit-fils de l’ancien chef de l’État, Jérémy Lissouba, juriste de formation, incarnait déjà la relève générationnelle au bureau politique; sa promotion confirme l’équilibre recherché entre expérience et rajeunissement.
Dans son premier discours, le nouveau Secrétaire général a promis d’« inscrire chaque militant au cœur des décisions » et d’accélérer la modernisation numérique du parti, notamment son fichier d’adhérents et ses plateformes de formation.
Réforme statutaire et doctrine revisitée
Au-delà des postes, les congressistes ont adopté une cinquantaine d’amendements, clarifiant la procédure disciplinaire, renforçant la parité hommes-femmes dans les instances et instituant une limitation des mandats exécutifs internes à deux occurrences consécutives.
Le programme économique a été actualisé: priorité à l’agriculture familiale, défense d’un modèle mixte conciliant initiative privée et intervention publique, et plaidoyer pour une décentralisation fiscale susceptible, selon les orateurs, de dynamiser les territoires.
Les défis organisationnels à l’horizon 2027
En coulisses, plusieurs responsables reconnaissent que la première urgence reste la régularisation des cotisations et la réactivation des sections locales, certaines n’ayant plus réuni leurs comités depuis la pandémie de Covid-19.
Le nouveau Bureau exécutif devra également préparer les élections législatives de 2027, avec pour objectif affiché de consolider la présence parlementaire du parti tout en renforçant les alliances avec d’autres formations de l’opposition.
Pour y parvenir, Tsaty Mabiala indique qu’un audit interne, centré sur la cartographie électorale, sera lancé dès janvier 2026 afin d’identifier les circonscriptions à fort potentiel et d’y déployer formations, porte-à-porte et mobilisation numérique.
Place de l’UPADS dans le paysage politique congolais
Née au début des années 1990, l’UPADS demeure la première force d’opposition représentée à l’Assemblée nationale de la République du Congo, même si l’écart avec la majorité présidentielle est resté conséquent lors du dernier scrutin.
Les observateurs estiment que la configuration issue du congrès pourrait fluidifier le dialogue institutionnel, les nouveaux dirigeants ayant maintes fois affirmé leur attachement à des rapports républicains avec le gouvernement et les autres partis.
En refermant les travaux, Pascal Tsaty Mabiala a invité militants et sympathisants à « sortir du congrès pour entrer dans l’action », convaincu que la dynamique née à Brazzaville doit s’étendre aux provinces afin de nourrir « une espérance démocratique durable ».
Regards extérieurs et logistique du 2e Congrès
Des délégations issues du Parti congolais du travail, du Mouvement congolais pour la démocratie et d’autres formations ont assisté à la séance d’ouverture, signe d’une convivialité que Tsaty Mabiala a décrite comme « fraternelle et apaisée ».
Plusieurs intervenants, universitaires ou représentants d’ONG, ont rappelé que la méthode de l’« université directe », instaurée lors du congrès extraordinaire de 2013, avait déjà permis un dialogue sans filtres entre base et direction, méthode reconduite cette année.
Les ateliers thématiques ont mobilisé une centaine de bénévoles pour la logistique, l’enregistrement numérique des motions et la traduction simultanée en langues nationales, un dispositif que les organisateurs considèrent comme un test grandeur nature avant les futures conventions régionales.
Sur les réseaux sociaux, le mot-dièse #UPADS2025 a atteint un pic de 80 000 mentions pendant le scrutin interne, preuve, selon les communicants du parti, d’un regain d’intérêt pour ses positions économiques et environnementales.
À l’issue de la cérémonie de clôture, les congressistes ont entonné l’hymne du parti avant de se disperser, certains regagnant Dolisie ou Ouesso dans des bus affrétés par la coordination, d’autres prolongeant les débats dans les couloirs feutrés des hôtels du centre-ville.
