Auteur/autrice : Chancel Ilunga
Un geste d’assainissement qui s’inscrit dans la durée Par la circulaire du 1ᵉʳ juillet 2025, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a officialisé la suspension, jusqu’à la fin de l’année 2025, de toute mission extérieure financée par le budget général, les établissements publics à caractère administratif ou industriel et commercial. Seuls les déplacements impliquant directement le chef de l’État échappent à l’interdit. Loin d’un effet d’annonce, cette décision prolonge le cycle d’austérité prudentielle déjà amorcé par le gouvernement congolais depuis la pandémie de 2020, cycle ponctué d’arbitrages visant à contenir la dépense courante, à réorienter les crédits vers l’investissement productif…
Makabana, mémoire industrielle à réinventer À soixante kilomètres de Dolisie, la commune de Makabana conserve l’empreinte encore visible de la Compagnie minière de l’Ogooué. L’essor de la manganèse, puis le retrait de l’entreprise à la fin des années 1990, ont façonné un tissu urbain hérité de l’économie d’enclave : logements standardisés, ancien atelier de maintenance et esplanade aujourd’hui désaffectée. Selon le dernier recensement administratif, plus de dix mille habitants demeurent répartis autour de cette ossature industrielle qui, jadis, articulait emplois, services sociaux et sociabilités communautaires. Cette mémoire matérielle nourrit une identité locale forte tout en rappelant l’urgence d’un repositionnement stratégique. Une…
Crue exceptionnelle, vulnérabilités structurelles Les averses diluviennes de la fin juin ont rappelé, avec une brutalité météorologique, la vulnérabilité périodique de Brazzaville aux débordements du fleuve Congo et à l’élévation rapide des nappes phréatiques. D’après les relevés hydrologiques du Service national de la météorologie, le niveau de l’eau a dépassé de 35 centimètres la cote d’alerte, provoquant l’inondation de quartiers densément peuplés et, partant, l’évacuation de plus de 5 000 ménages dans le seul arrondissement de Talangaï. Les observateurs soulignent que l’expansion démographique, conjuguée à une pression foncière croissante, a progressivement réduit les zones tampon jadis capables d’absorber les crues…
Un continent en quête de nouvelles figures d’autorité En Afrique centrale, la recomposition des pôles d’influence ne se limite plus aux seuls cercles étatiques. Dans l’ombre des sommets et des forums, des femmes, longtemps cantonnées aux marges de la décision, investissent désormais les espaces stratégiques. Elles le font à travers la diplomatie environnementale, l’ingénierie financière, la médiation post-conflit ou encore la justice pénale internationale. Loin d’être une exception, ce phénomène traduit la maturation de sociétés qui, tout en restant attachées à des cadres politiques parfois très consolidés, s’ouvrent à des leaderships pluralistes capables de dialoguer avec les standards mondiaux. Hindou…
La tradition satirique malmenée par l’ère numérique La mémoire collective congolaise chérit encore les couplets affûtés des chanteurs urbains des années 1990 ou les caricatures mordantes qui circulaient sous le manteau durant les alternances politiques. Ces formes de contestation, tout en demeurant irrévérencieuses, reposaient sur une créativité langagière qui valorisait la critique documentée et l’humour crypté. Or, depuis quelques mois, le fil social X et les canaux chiffrés de WhatsApp ont remplacé la verve poétique par des montages grossiers et anonymes. L’efficacité virale a pris le pas sur la qualité rhétorique, transformant la joute politique en un marché du clic…
Entre héritages et projections géohistoriques Traversée par l’équateur et bordée de 170 kilomètres d’Atlantique, la République du Congo se situe à la confluence d’aires culturelles dont les Bantu façonnèrent les premiers réseaux politiques il y a trois millénaires. Le Royaume de Kongo puis celui de Loango structurèrent longtemps les échanges avant que la France, dans le dernier quart du XIXᵉ siècle, n’intègre ces territoires à l’Afrique équatoriale française. L’indépendance proclamée le 15 août 1960 inaugura une séquence politique jalonnée par l’expérience marxiste-léniniste (1969-1992) et, depuis, par la recherche d’une stabilité institutionnelle que symbolise la présidence de Denis Sassou Nguesso. Cette…
Un 26 juin mobilisateur pour les droits humains au Congo-Brazzaville Chaque 26 juin, la communauté internationale commémore l’entrée en vigueur de la Convention contre la torture. À Brazzaville, cette date s’est traduite par la tenue d’une conférence organisée par le Centre d’actions pour le développement, ONG fondée en 2021 qui s’est imposée comme l’un des interlocuteurs incontournables du débat sur les droits fondamentaux. Devant un parterre d’universitaires, de diplomates et de représentants des pouvoirs publics, le directeur exécutif Trésor Nzila Kendet a rappelé que la torture « constitue une trahison de la dignité humaine que nul État ne saurait tolérer…
Un partenariat UE-OSC aux ambitions mesurées Il aura fallu trois ans et demi de planification méthodique pour que le programme de renforcement des capacités institutionnelles et opérationnelles des organisations de la société civile, Precap-CCOD, arrive à son terme. Porté financièrement par l’Union européenne, le dispositif s’inscrit dans une logique de co-construction qui préserve la souveraineté nationale tout en injectant de l’expertise technique occidentale. Le choix d’un financement partenarial, et non substitutif, exprime une volonté explicite de compléter les politiques publiques de développement menées par les autorités de Brazzaville, plutôt que de les concurrencer. Au sein de la délégation de l’UE,…
Un territoire équatorial aux multiples visages Situé de part et d’autre de l’équateur, le Congo-Brazzaville épouse une mosaïque de paysages dont la diversité contraste avec la faible densité de sa population. Plus de la moitié des Congolais résident désormais en milieu urbain, Brazzaville en tête, défiant les représentations d’un espace prétendument vide. Cette urbanisation accélérée, relevée par l’Institut national de la statistique, impose de nouvelles logiques d’aménagement, tandis que le reste du territoire demeure un réservoir de biodiversité encore intacte. Reliefs discrets, richesses souveraines Le long du littoral atlantique, une plaine sableuse cède peu à peu la place au massif…
Entre fleuve et forêt, un territoire-gigogne Depuis la mince plaine côtière battue par les vents atlantiques jusqu’au vaste bassin du fleuve Congo, le pays déploie une mosaïque de paysages qui concentre, en 342 000 km², autant de défis que d’atouts. La topographie en gradins – vallée du Niari, plateau des Batéké, plaines du Sud et massifs septentrionaux – explique la dispersion des infrastructures et la persistance d’un couvert forestier classé parmi les plus denses du continent (Programme ONU-Environnement, 2023). Ce gradient écologique commande le calendrier agricole, dicte la saisonnalité des routes latéritiques et nourrit un imaginaire national fondé sur l’idée…